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Prendre en charge les situations de détresse émotionnelle liées au COVID-19 - Claude de Scorraille


On se retrouve, tous avec le COVID 19 et le confinement qui nous est imposé depuis près de 15 jours, dans une situation inédite et qui met notre goût pour le contrôle en difficultés avec en conséquence une  surcharge émotionnelle. Certains d’entre nous ont la capacité de la gérer, pour d’autres c’est plus difficile. Pour ces derniers cela se manifeste souvent par un débordement émotionnel qui peut prendre plusieurs formes : stress, anxiété et angoisse. La peur est l’émotion qui est centrale dans l’anxiété, à ses côtés la colère est également au rendez-vous, beaucoup de chose peuvent nous irriter ou nous faire exploser. La douleur se manifeste aussi en particulier dans l’impuissance que nous rencontrons dans notre rapport à nous même aux autres et au monde. Pour favoriser la régulation de ces émotions, il est important en premier lieu de savoir les reconnaître pour les nommer. Je vous propose d’aller à leur rencontre.

 

La peur

Dans notre situation, évidemment comment ne pas avoir peur ? il est normal d’avoir peur. On fait face à un virus, très contagieux, les experts mobilisés pour le combattre sont en désaccord sur les mesures à prendre, on est aujourd’hui plus de 2 milliards confinés dans le monde, et au delà du risque liée à la maladie, il y a bien sûr toutes les conséquences colatérales qui sont déjà une réalité pour certains, le chomage ainsi que les difficultés financières. Alors comment faire pour gérer cette peur ? comment gérer l’anxiété. Jeffrey Zeig,nous dit qu’il est important de distinguer la peur de l’anxiété.

L'étape 1 - distinguer la peur de l’anxiété

La première question à vous poser que ce soit pour vous ou pour ceux que vous accompagnez est de savoir si vous percevez plutôt de la peur ou de l'anxiété ? 

La peur est une sensation humaine primitive, qui nous aide depuis toujours à survivre et c’est comme cela que nous avons pu aménager des cadres de vie sécure pour faire face au monde chaotique et souvent périlleux. Grâce à notre perception de la peur  nous pouvons nous protéger d’une menace réelle - et nous la ressentons physiologiquement. l'anxiété, quand à elle peut être associée ou non une menace réelle. Elle correspond à la peur des choses que nous créons dans notre esprit à partir de ce que nous éprouvons. Dans notre situation, la menace réelle est le coronavirus, il nous menace physiquement alors nous en avons peur. Grâce à l'anxiété, on va être en alerte et cela nous permet d’agir, d’aller de l’avant pour faire face mais cette anxiété peut aussi nous paralyser. Quand l’anxiété atteint un seuil trop important, elle nous envahit trop, on se sent stressé, préoccupé, et des conduites d’évitement ou de contrôle pour apaiser cette anxiété peuvent être contreproductives. Nous allons voir comment faire pour éviter cet écueil.

 

Etape 2 - ajouter du bois pour éteindre le feu

On peut s’appuyer sur le stratagème chinois, qui nous dit d’ajouter du bois pour éteindre le feu. Ce stratagème est particulièrement intéressant car il souligne l’intérêt d’une démarche paradoxale qui vise à s’apaiser en cherchant à augmenter la tension qui s’est installée en nous.  En effet si vous pouvez augmenter votre tension ou votre anxiété, cela vous indique que vous pouvez aussi la réduire. Et donc cela permet de retrouver un contrôle émotionnel. Plus vous allez le faire tôt moins vous vous approcherez de l’état de panique.

 

Etape 3 - se connecter à son anxiété

C’est une étape d’acceptation, on ne cherche pas à lutter contre l’anxiété, ni à la dépasser comme si elle n’existait pas, au contraire dans cette étape nous mettons au point mort notre esprit en le connectant dans une activité d’observation (et non pas dans une activité de pensée): que voyez-vous autour de vous ici et maintenant, qu’entendez-vous et que ressentez-vous physiquement ? Cet exercice vous permet de sortir de l’agitation de votre esprit pour reprendre votre esprit. Je vous invite à lire le très bon livre ALLIANCE THÉRAPEUTIQUE ET THÉRAPIES BRÈVES de Luc Isebaert et Marie-Christine Cabié qui présente cet exercice connu sous le nom 54321.

 

Etape 4 - créer un cadre sécure

Même si votre contexte actuel est insécure pour plein de raisons, il est toujours possible de s’aménager un endroit sécure . Il peut s'agir d'un lieu isolé ou d'un endroit que vous imaginez à partir d’un endroit que vous avez connu et au sein duquel vous êtes senti sécure ou qui peut être le fruit votre imagination. Vous pouvez reprendre l’exercice précédent, afin de vous ancrer dans un bain de sécurité.  C’est en effet en vous sentant suffisament sécure que vous pouvez penser et mettre en place les actions les plus structurantes.

 

Etape 5 - l’action

Cette dernière étape correspond à mettre en oeuvre des actions accessibles immédiatement pour votre bien-être, celui de vos proches, de vos collègues et de tout autre personne de votre entourage ou de toute activité qui serait nécessaire de satisfaire. Il s’agit là d’actions destinées à votre sécurité et celle des autres. Qu’il s’agisse de vous laver davantage les mains, de travailler à domicile, de se mettre en lien par téléphone ou par le net avec d’autre. Il y a plein de choses à faire qui sont accessibles pour rétablir de la sécurité dans cette réalité qui a perturbé nos habitudes et notre confort.

 

La colère

La colère est également très présente dans notre situation. La frustration et l’ennui peuvent nous habiter, les études liées aux situations de quarantaine en font état. la fonction adaptative de la colère est de nous permettre de surmonter un obstacle.  Nous ressentons de la colère lorsque nous sentons que nos besoins, nos désirs, nos efforts sont entravés ou bloqués que ce soit par nous même par les autres ou par l’environnement.  Les frustrations et les déceptions en nombre nous font ressentir de la colère.

On peut se sentir frustré, de plein de manières différentes, et surgissent alors des manifestations d’irritabilité, d’agressivité envers soi ou envers les autres voire envers le monde. C’est énervant de constater l’impuissance politique, technologique et scientifique.

Le risque est que des relations se détériorent (le nombre de demandes de divorce a connu un score sans précédent en chine avec la situation de confinement) et aussi que notre estime de soi en prenne un coup car on se trouve en incapacité de maîtrise.

Mais comme cette émotion est considérée comme un sentiment socialement inacceptable on va avoir tendance à la contenir.

C’est ainsi qu’une accumulation de frustrations font pression comme la pression d’une cocotte minute. Jusqu’à un point de saturation qui lorsqu’il est franchi se traduit par une explosion ou une implosion. Soit on retourne l’agressivité contre les autres ou contre soi-même. 

Que pouvons nous faire ?

D’abord reconnaître la colère pour ensuite la canaliser.

On peut l’écrire afin de mieux situer après quoi ou qui l’on en a.

Si on subit celle d’un autre, un enfant, un conjoint, on peut s’isoler pour se retirer d’une escalade pouvant mener à de la violence ou on peut donner de la considération à l’agressivité qui nous est adressée non pas car l’autre la mérite mais parce que cette considération se révèle être comme une arme pour neutraliser l’agressivité que l’on subit. On peut écouter les récriminations, en s’inspirant de la tradition indienne qui consiste à proposer un bâton de parole qui donne le droit à celui qui l’a en main de dire ce qu’il a à dire sans être interrompu. on écoutera silencieusement son conjoint ou son enfant  en l’incitant à dire tout ce qui l’irrite et la frustre. On se gardera de raisonner ou de moraliser même si l’on trouve les propos excessifs et inappropriés, on évitera de donner des conseils.

On peut aussi détendre une atmosphère tendue en mettant en place des jeux, quels qu’ils soient. Le jeu offre un espace au sein duquel l’agressivité de chacun est canalisée dans un cadre ludique qui vient apaiser une atmosphère d’agressivité.

 

La douleur

La douleur est également au rendez-vous dans notre situation, que ce soit la douleur de savoir des proches atteints du corona, de ne pas pouvoir aller au chevet de ses vieux parents, de ne pouvoir accompagner une fin de vie voire de ne pas pouvoir organiser un rite funéraire en cas de décès qu’il soit ou non lié au coronavirus. La douleur émerge de notre impuissance à faire avec une situation. 

Ce qui en général est douloureux c’est la perte, la tristesse et l'illusion qui peuvent être éprouvées lorsque dans la relation avec soi-même on se sent physiquement, socialement, émotionnellement ou intellectuellement incapable, quand dans la relation avec les autres on peut se sentir négligé, trahi, abusé, déçu ou dans l’incapacité de faire face au deuil ou à l’abandon et dans notre rapport au monde en situation de catastrophe naturelle et humaine, comme cela est le cas aujourd’hui. 

Face à la douleur plus on va chercher à s’en protéger en évitant de la ressentir plus nous allons paradoxalement la faire durer dans le temps.

Une manière d’y faire face consiste donc à se connecter à cette sensation de fragilité et de la décanter, en l’écrivant juste pour la laisser s’écouler.

Plus on est en capacité de faire avec sa vulnérabilité plus on stimule les ressources de résilience. Etre résilient cela veut dire être en capacité de rebondir face aux épreuves de la vie.

 

Conclusion

Pour terminer je voudrais citer le dalai lama qui nous rappelle qu’on ne peut arrêter l’orage quand il se présente. Il nous suggère pour trouver le calme de ne pas essayer de l’arrêter et de le laisser passer.

Et j’ai envie d’ajouter qu’en situation d’orage un bon paratonnerre nous met à l’abri de la foudre. Un stylo pour écrire ses émotions est une bonne façon de faire le paratonnerre.

Je vous remercie de votre attention !







Mots-clés: stress aigu, stress, troubles anxieux, Les défis du confinement

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