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Transcription d'une séance menée en direct par Giorgio Nardone (GN) en public avec une patiente volontaire (P)

Colloque IGB

 

GN – Qu’est ce qui fait que tu as décidé de t’exposer devant cette assemblée ? Est ce l’urgence de régler un problème ou l’opportunité de me tester ? 

P – Un peu les deux (pour le plaisir de vous rencontrer, comme j’ai pu rencontrer les gens brillants qui interviennent à ce colloque), mais aussi surtout pour une situation que j’ai beaucoup fuie et qui devient urgent de traiter pour moi. 

GN – Est ce que tu veux décrire le problème ou préfères tu que je te pose des questions ? quel est ton problème ? 

P – c’est avec ma mère, elle aime organiser, posséder les relations, les gens ; elle a commencé quand j’ai rencontré mon mari et que j’ai voulu un enfant...  

P – c’est avec ma mère, elle aime organiser, posséder les relations, les gens ; elle a commencé quand j’ai rencontré mon mari et que j’ai voulu un enfant... J’ai eu une première grossesse facile, mais qui s’est terminée en fausse couche – ma mère m’a dit alors : ce n’est pas grave, je pensais que tu étais handicapée, mais je
sais à présent que tu es fertile ». Ensuite, j’ai eu une deuxième grossesse plus difficile (grâce notamment à un traitement) ; j’ai eu
beaucoup de peurs  pendant ma grossesse, je me suis sentie terrorisée. Ma fille est née et ma mère a dit : « si je pouvais allaiter, je l’emmènerais ».  Elle a acheté beaucoup (plus) d’habits pour ma fille (que nous). J’ai essayé de lui expliquer dans une lettre que je sentais mal cette situation, mais cela n’a servi à rien du tout.  16 mois après, j’ai eu un petit garçon. Pour me protéger et protéger la grossesse, je n’ai rien dit du tout à mes parents avant que mon fils ait eu 3 mois. Depuis je n’ai pas revu mon père qui m’a beaucoup déçu, car il défend toujours ma mère. Mes enfants grandissent, ma fille a besoin de voir ses grands parents, et je sens qu’elle a ce besoin.

GN – Bien. Ce qui t’a amenée à t’exposer en public aujourd’hui, c’est l’urgence de résoudre un problème qui te fait souffrir avec ta mère. Un problème qui t’a contrainte à la fuir pour protéger ta famille. Tu la considères comme quelqu’un de dangereux pour tes enfants. Elle aurait été capable de voler tes enfants (avec le risque de tenter
désespérément de récupérer ses enfants, ce qui peut finir tragiquement). Mais cela devait durer 3 mois, et voilà à présent que cela dure depuis 3 ans. Tu continues à avoir cette terreur. Tu en a parler à ton père, il protège ta mère (il agit en mari). Elle réussit à voler des personnes, elle a volé ton père
(puisqu’il n’agit qu’en mari et plus en père). Tes enfants doivent connaître leurs grands-parents et tu vis cela de manière dramatique. Mais ta mère peut
détruire tout ce que tu as construit. Tu as dû lutter. Tu as remporté une bataille incroyable face à la difficulté d’avoir des enfants, et donc la situation est d’autant plus importante pour toi. C’est bien cela ? 

P – oui

GN – Bien. Tu as dit que ta tentative de solution était la fuite, mais j’y vois surtout une tentative de contrôler la situation pour sauver ta famille, es-tu d’accord avec cela ?

P – oui 

GN – la lionne doit protéger ses petits, contre tous les dangers y compris ceux que représentent les autres lionnes (à cause de la rivalité). Toi, tu protèges tes petits.

P – oui

GN – mais tu voudrais leur donner l’occasion de voir leurs grands parents…

P – J’ai essayé de lui expliquer : je l’aime, mais certaines choses je ne les supporte plus… mais elle n’a rien compris et mon père m’a dit : tu as tout faux !

GN – est ce que ton dilemme serait : comment faire pour que mes enfants voient leurs grands-parents
sans que ceux-ci brisent ma famille ?

P – (elle acquiesce)

GN – Tes enfants demandent à les voir ?

P – ils les voient  3 ou 4 fois par mois, avec mon mari, mais ils ne comprennent pas pourquoi je ne viens pas. 

GN – ah, très intéressant. Le lion mâle amène les petits chez la lionne + âgée et toi tu n’y vas pas. Et comment cela se fait-il ?  et ça c’est
un problème ?

P – surtout source d’une grande tristesse. 

GN – et le lion mâle, lorsqu’il amène les petits chez les lions plus âgés, que se passe-t-il ? les petits s’entendent bien ou pas avec les lions plus âgés ?

P – au début ils ne s’entendaient pas trop  bien… maintenant, ça va un peu mieux…

GN – Tu as vu le « Roi Lion ». Tu te souviens de la peur du jeune lion. Pourquoi s’est-il enfuit ?

P – je ne me souviens pas trop, non…

GN – Il a peur du méchant lion et se sent coupable de la mort de son père. A la fin, il revient, décide de se battre contre le méchant lion quand il est dans l’impossibilité de s’en sortir. Il se bat et gagne contre le méchant lion. Et c’est à ce moment là, qu’il réalise qu’il est le plus fort. (un temps). Et toi, tu as été capable de te défendre, au risque d’être trop loin, et pour garder une bonne distance avec tout cela, tu as besoin d’aller combattre la lionne.

P – (elle acquiesce)

GN – pendant au moins 10 jours, tu vas devoir écrire 2 lettres (1 à ton père et 1 à ta mère). Tu écris les pires choses que tu ne leur as jamais dites à chacun. Quand c’est écrit tu les cachètes et tu me les envoies à Arrezzo. Au bout de ces 10 jours où tu auras écris les pires choses, pendant les quelques jours qui suivent, toi et ta
famille tous ensemble vous irez rendre visite aux vieux lions. Tu leur donneras à chacun un petit cadeau, au cours d’une courte visite de 5 minutes, pas plus.
En les regardant bien en face, tu leur donneras le petit cadeau en leur disant : j’ai découvert à quel point en réalité vous avez été tellement important pour moi ; et ensuite tu partiras.

Je voudrais que tu éprouves que tu es beaucoup plus forte que tu ne le penses. Et en leur accordant une visite régulière de courte durée et un petit cadeau, tu seras capable de les faire sentir importants pour les désarmer. Ok ? 

P – ok merci. 

 

Commentaire de GN pour débriefer la séance :

C’est un problème très émotionnel. C’est une peur rationnelle dans une logique non ordinaire.

Chaque peur ne peut être levée qu’en la transformant en courage. A la fin, ce qui m’est apparu c’est qu’elle même se sente plus forte. Elle doit ici vaincre sans combattre. L’adversaire doit sentir sa supériorité naturelle. Il y a ici la construction d’un rituel (toute la famille, 1 petit moment, 1 petit cadeau) + une phrase
(j’ai découvert à quel point vous étiez important pour moi »). Il y a donc ici la mise en place d’une technique parfaitement éprouvée et une prescription
sur-mesure juste pour elle.  C’est bien l’enjeu du thérapeute stratégique ici d’unir la rigueur à la créativité (et inversement).

 

Mots-clés: Palo-Alto, nardone

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