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Résoudre les conflits entre parents et adolescents avec la thérapie systémique et stratégique

Cas illustré d'une thérapie à distance avec les parents

Par Béatrice Giraudeau thérapeute systémique et stratégique et hypnothérapeute  - partenaire Lact research - 06 09 37 85 65
Blog : sculpter sa vie - Site : Thérapies brèves et hypnose

 

TelLa thérapie à distance: pour toutes les personnes isolées, voyageant beaucoup, au rythme de vie trépidant ou qui n'ont pas accès au thérapeute de leur choix près de chez eux, je propose des thérapies à distance via le téléphone ou Skype. Exception faite pour l'hypnose que je ne pratique qu'en face à face.Voir la thérapie à distance dans mon site thérapies brèves et hypnose.  

La thérapie systémique et stratégique: C'est une révolution de la psychothérapie, qui ne cherche pas à analyser le passé, ni à en comprendre les causes, mais cherche à identifier comment le problème se maintient dans le présent, prenant en compte la complexité de l'environnement ainsi que l'interaction des personnes concernées par le problème

Cette approche systémique et stratégique est avant tout une thérapie du changement, orientée vers une résolution de problèmes dans l'ici et maintenant. Le changement est une donnée permanente, voire inévitable ; ce sont le regard du patient focalisé sur son problème ainsi que toutes ses tentatives infructueuses et répétées à régler celui-ci, qui bloquent l’issue de l'amélioration et du changement.

La personne "demandeuse d'aide" n'est pas toujours celle qui "porte le symptôme", ce qui représente 95% des cas dans les conflits parents/enfants. 

L'approche systémique s'attache à trouver des portes d'entrée et des leviers d'intervention, et l'on travaillera préférentiellement avec les parents sur les interactions avec leurs enfants, d'autant plus si ces derniers sont des adolescents, intrinsèquement mobilisés dans l'opposition et la résistance.
Les contraindre à venir ne facilite pas le déblocage de la situation et les désigne comme étant "la cause du problème", facteur aggravant de leur résistance.

La problématique 

Les noms sont fictifs afin de protéger la confidentialité des patients.
Je les remercie d’avoir accepté de livrer ce témoignage de leur vie.

M. et Mme Brosseau sont les parents de quatre enfants et me contactent pour de violents conflits avec leur fils aîné, Nicolas 17 ans, avec décrochage scolaire, addiction au cannabis et échanges violents, tant verbal que physique. Le père et le fils en sont déjà venus aux mains. Depuis six mois, les parents ont "les nerfs à vif", dorment de plus en plus mal et autant dire qu'ils sont désespérés lorsqu'ils m'appellent. Ils vivent dans le sud-ouest de la France, et bien que réticents dans un premier temps, acceptent de tenter l'expérience d'une thérapie à distance au téléphone, et d'être les patients de cette thérapie. Nicolas n'étant absolument pas demandeur de quoique ce soit, Ils deviendront en quelque sorte les co-thérapeutes de leur fils à son insu.

Les séances     

Ce sont des extraits de séances comportant les passages les plus explicites pour le lecteur; mais aussi par là même très réducteur du contenu d'une séance. 
Les passages en italique sont des éclairages sur le fonctionnement de la thérapie systémique et stratégique. Le problème s'est régulé en sept séances (sans aucune participation de leur fils).

Première séance

Je cherche à savoir quel est le problème, depuis quand et comment il se manifeste, qui intervient, qui fait quoi et dit quoi pour tenter de résoudre ces conflits et cette violente opposition de leur fils. J'ai besoin de connaître le contexte, le système pertinent (qui est concerné, qui souffre, qui se plaint, qui interagit et intervient...), la vision du monde des parents, les tentatives de solution qui maintiennent et aggravent le problème; En quelque sorte comment s'est construite cette escalade dans la confrontation?

La situation décrite par les parents: Depuis deux ans, notre fils Nicolas de 17 ans 1/2 est totalement démotivé depuis sa première S, qu'il a redoublé, alors qu'il était bon élève et travaillait dur jusqu'en Seconde. Il s'est retrouvé en première ES, et a commencé à sécher les cours, à fumer de plus en plus de cannabis, et a refusé toute autorité parentale. Depuis 6 mois, la situation s'est totalement dégradée, et depuis la semaine dernière il ne va plus du tout en cours. Il se dispute violemment avec nous, se lève en fin d'après-midi et se couche au petit matin. Il passe sa vie à jouer sur son ordinateur ou va chez sa copine. Nous avons toujours été une famille unie, aimante et là tout s'effondre. Nos trois autres enfants de 14, 12 et 10 ans en pâtissent et assistent tous les jours à des scènes de plus en plus violentes. Nous avons fait appel à la maison des adolescents, à la mairie et aux services sociaux, mais tout ce qu'on a pu nous dire c'est "Lâchez-le, il fait sa crise d'adolescence, ça va passer!" Nous sommes désemparés car nous avons tout essayé, rien ne marche. 
La situation nous échappe totalement.

 "Quelqu'un qui ne fait rien est un parasite"

Le père: Depuis six mois, nous avons les nerfs à vif, nous dormons mal et si ça continue, ça va mal se terminer...

Thérapeute: C'est à dire mal se terminer? 

Le père: Je ne le supporte plus, la dernière fois, on en est venu aux mains, et je sens que je ne réponds plus de rien....Il nous pousse à bout, ça va mal finir.

La mère: Et depuis lundi, il ne veut plus aller à l'école, nous ne savons plus quoi faire....Nous sommes désemparés

Thérapeute: Et que lui avez-vous dit? 

Le père: Quelqu'un qui ne fait rien est un parasite...

La mère: Si tu veux gagner de l'argent, travaille bien à l'école...

Le père: Ah oui parce qu'il faut vous dire que depuis deux-trois ans, Monsieur veut être milliardaire! Flamber l'argent! C'est une partie bien construite chez lui maintenant.

Thérapeute: Et comment votre fils compte-t-il s'y prendre pour gagner cet argent? Il vous en parle?

Le père: Il veut boursicoter sur internet, c'est n'importe quoi, il n'y connait rien et c'est devenu une obsession! On ne le reconnait plus.

Thérapeute: En effet ça doit être très difficile pour vous, ses parents, de ne plus reconnaître votre fils...On dirait qu'il réussit très bien à vous pousser à bout...Et que lui dites-vous à propos de ce boursicotage et de cette obsession d'être riche?

La mère: Agit! Sans rien faire, on ne peut rien faire!

Thérapeute: Oui ça paraît être une logique raisonnable, et il vous répond quoi?

Le père: Oh il s'emporte, nous dit qu'on ne comprend rien et ça monte vite en dispute, ou il claque la porte et quitte la maison....

Thérapeute: Et il va où? Vous m'avez dit vivre dans un petit village avec pas grand-chose aux alentours

La mère: Il va chez sa copine, chez les parents de sa copine....Il y reste souvent dormir le week-end

Thérapeute: Et ça se passe comment chez les parents de la copine? Il les fait aussi tourner en bourrique?

La mère: Ah mais non, chez eux tout se passe bien!

Le père: Et heureusement, parce que sinon on aurait trop honte! 

Thérapeute: Oui vous êtes donc devenus ses "bourriques préférées"....

...

"Aujourd'hui, on ne fait plus rien, on a lâché prise ou presque...On n'a plus trop d'espoir"

Thérapeute: Depuis ces deux années difficiles, je suppose que vous avez tenté beaucoup de choses pour le remettre dans le droit chemin, pouvez-vous m'éclairer sur les sujets de discorde et ce que vous avez fait et dit pour lui faire entendre raison?

La mère: Aujourd'hui, on ne fait plus rien, on a lâché prise ou presque...On n'a plus trop d'espoir

Le père: Oui, juste qu'il quitte la maison ou il va y avoir un drame…

Thérapeute: Oui j'entends bien votre colère et votre désespoir, on le serait à moins....Mais avant au tout début?

La mère: Il y a six mois, pour les grandes vacances, il nous a dit "Non! Je ne pars pas en vacances avec vous!" Et ça été vraiment le début de l'escalade

Le père: On l'a obligé à venir, la confiance n'était pas suffisante pour lui laisser la maison, il se comporte trop mal

Thérapeute: Et comment ça s'est passé?

Le père: Finalement, il y a eu de très bons moments, même si il ne l'a pas avoué. On a pu souffler un peu et se retrouver en famille, un peu comme avant, mais de retour à la maison, tout a recommencé.

...

"Oui on dirait bien que Nicolas a pris le contrôle de la relation"

Thérapeute: Et quels sont les sujets de discorde qui reviennent quotidiennement?

Le père: Dès qu'il veut sortir et qu'on lui dit "tu rentres à telle heure!", les conflits éclatent et il part en claquant la porte.

Thérapeute: Et Nicolas respecte l'heure? Il rentre? La porte reste ouverte? 

Le père: Pensez-vous, il n'en fait qu'à sa tête, il rentre quand il veut....Quand on ferme la porte, il passe par la fenêtre, et puis on ne peut pas laisser notre fils dehors en pleine nuit; on vous l'a dit aujourd'hui on capitule.

La mère: Très souvent il reste dormir chez sa copine, et ça nous rassure de savoir qu'il est chez eux et ne passe pas la nuit à traîner dehors. Mais on dort très mal, et mon mari et moi travaillons dur et là nous sommes épuisés. Sans compter que nous avons trois autres enfants et que nous n'avons même plus de temps et d'énergie à leur consacrer...Nicolas nous accapare totalement.

Thérapeute: Oui et je me demande bien ce que Nicolas pense de lui-même en ce moment? Je parle de son échec scolaire en première S alors qu'il était un très bon élève, de son envie de liberté dans ce petit village devenu bien trop petit pour ses hormones de jeune mâle qui le submergent, de ses émois amoureux, sans parler du cannabis qui "l'illusionne".... Et puis de tout ce qu'il vous fait vivre....Sa mère qu'il fait pleurer tant il lui parle mal, son père qu'il fait sortir de ses gongs en le provoquant dans un bras de fer quotidien...On dirait bien d'ailleurs un combat de coqs, le plus jeune voulant détrôner le plus vieux, sans vouloir vous offenser Monsieur Brosseau....

Tout ce cocktail, ça doit bien lui mettre la tête à l'envers!.... Et vous parents aimants qui voulez transmettre vos valeurs à vos enfants, vous avez voulu lui remettre la tête à l'endroit, et plus vous avez voulu lui remettre à l'endroit, avec une logique toute raisonnable, plus il résiste et plus il devient déraisonnable...D'autant plus qu'à l'adolescence, les parents doivent apprendre à changer les règles du jeu

Les parents: Mais que devons-nous faire alors?

Thérapeute: Pour cette première séance, je vous demande juste d'y penser, vous voulez bien?

Les parents: Oui, nous y pensons déjà....

 

Deuxième séance

Elle réserve une surprise de taille, notamment concernant la consommation de cannabis de Nicolas, et je retrouve Mme Brosseau dans une colère froide, effondrée et épuisée par les événements de cette semaine, d'autant plus qu'elle a été seule pour les gérer, son mari ayant été en déplacement professionnel.

Après un violent bras de fer avec sa mère, Nicolas - qui n'a pas le permis de conduire - lui a volé les clés de sa voiture et est parti au volant de celle-ci, pour aller s'acheter des cigarettes. Il avait déjà fait une première tentative et sa mère l'avait menacé d'appeler les gendarmes s'il s'avisait de recommencer; ce qu'elle fit bien courageusement, et ces derniers l'ont "cueilli" roulant à 165 km/heure avec test salivaire positif et analyse de sang attestant d'un taux très élevé de cannabis. M et Mme Brosseau tombent de haut car ils ne pensaient pas que leur fils était à ce point sous l'influence de cette substance. Le système judiciaire est lancé pour Nicolas, convocation et déposition au commissariat, empreintes, photos donc "fiché" et convocation devant un juge d'enfant par la suite....

 

"Je ne lui ai rien dit, j'étais fermée, trop c'est trop"

Thérapeute: Et bien dites-moi, Nicolas ne fait rien à moitié!

La mère: Non et ça n'est pas fini...Figurez-vous qu'il est revenu très cool à la maison comme si de rien n'était, raccompagné par les gendarmes, et moi j'avais tellement honte! 

Thérapeute: Et que le lui avez-vous dit? 

La mère: Je ne lui ai rien dit, rien, j'étais fermée. Trop c'est trop. Le soir à table, il riait encore niaisement. 

Il a été convoqué au commissariat vendredi matin. Je l'ai emmené et là il m'a dit "c'est trop dur, tu n'aurais pas dû appeler les gendarmes", et j'ai dû le laisser seul pour aller faire sa déposition. Je n'avais plus le choix, non seulement il se mettait en danger, mais il pouvait provoquer un accident. 

Thérapeute: En effet, vous avez dû le protéger de lui-même, et il vous a fallu une bonne dose de courage pour faire ce que vous lui aviez dit que vous feriez. Nicolas a dû faire l'expérience des conséquences de ses actes. Mais il est bien trop déraisonnable en ce moment pour en prendre bonne note.

 ...

Bien que devant se soumettre à la loi et faire face aux conséquences de ses actes, nous savons par expérience que malheureusement dans la plupart des cas, cela aggrave encore la logique de confrontation avec l'adolescent qui repart de plus belle dans une escalade, toujours plus dure. C'est une tentative de solution supplémentaire, dans ce cas, celle de la société, qui tente de "dresser" le jeune afin de lui faire reprendre le droit chemin. 

L'addiction au cannabis, tout comme sa déscolarisation sont des tentatives de solution chez Nicolas, un évitement pour se soustraire à ses sensations de mal-être et d'échec et sans aucun doute de souffrance intérieure.

Pour les parents, la piste la plus fructueuse est de sortir de cette confrontation et de retrouver une relation plus "fluide" pour renouer le lien, qui se délite au fur et à mesure des crises et de tout ce qu'ils ont mis en place pour raisonner leur fils. La tâche n'est pas aisée, car il s'agit d'opérer un 180°, pierre angulaire de la thérapie systémique et stratégique. Mon principal levier d'action et de persuasion est le fait que les parents sont à bout et sont prêts à tout essayer pour en finir avec ce cauchemar qui voit leur famille aimante et unie exploser en mille morceaux.

Je leur donne deux prescriptions

1) Un premier rituel à chacun, 30 mn chaque jour de lettres de colère et de déception, voire de tristesse et de honte

Ces lettres, qui seront détruites par la suite, visent à vider et saturer ces émotions submergeantes qui nourrissent les conflits.

Puis lorsque les émotions se sont apaisées, nous passons à la deuxième prescription.

2) Une position basse stratégique envers leur fils.

" Monsieur Brosseau, c'est à vous que je vais confier cette tâche très délicate et je vous préviens que ça vous mettre la tête un peu à l'envers, mais je sens que vous êtes prêt et nous allons mettre fin au combat de coqs....Enfin très stratégiquement, vous allez vous arranger pour faire croire à votre fils qu'il a gagné. Comme vous partez tous en vacances, vous trouverez bien un moment opportun et vous allez lui dire, à votre façon, ceci:

"Ecoute petit, ta mère et moi on a bien réfléchi après tous ces derniers événements, et tu vois, nous n'avons pas été à la hauteur...Quand on voit tous tes derniers comportements, on ne te reconnait plus, et forcément on se dit qu'on a loupé quelque chose et que nous avons été des parents insuffisants ..... Nous n'avons pas vu que tu grandissais et nous sommes restés collés à toi, et maintenant regarde où tu en es....etc."

Vous notez bien ses réactions et vous vous éloignez sans aucune autre discussion. Vous lui en repasserez une petite couche régulièrement surtout dès que ça chauffe, et vous stoppez absolument toute tentative de le raisonner. Vous allez devenir des parents déraisonnables, et imprévisibles, il est grand temps de changer les règles du jeu et de reprendre le contrôle de la relation....

Troisième séance

"Quelque chose a changé, c'est encore indicible, mais le changement est en marche à l'insu de Nicolas...."

Après une semaine de lettre de colère et de honte pour M.Brosseau, il me dit ne plus en pouvoir de "vider son sac" à propos de son fils et que cela lui fait trop de peine de penser à lui avec cette colère et ces reproches. "Je l'aime mon petit, c'est trop dur de toujours lui en vouloir..."

Pour Mme Brosseau, la colère exprimée a vite fait la place à une grande tristesse qu'elle ressentait déjà depuis un certain moment; elle me dit avoir beaucoup pleuré et se sent vide. Elle craque et accuse le coup de tous ces mois de lutte et d'impuissance vis à vis des confrontations avec son fils. Je leur demande de stopper ces lettres, ce qu'ils ont déjà fait; Ils sont prêts pour changer leur fusil d'épaule...

Nicolas était décidé à partir en vacances en famille, et celles-ci se sont bien passées. On notera que loin de la maison, les vacances permettent toujours une trêve.

"Mais non papa, c'est pas toi, c'est moi!"

Le père: On est mercredi soir, me dit M.Brosseau, je profite d'une accalmie pendant les vacances, je me lance et lui fais votre petite tirade sur les parents insuffisants...

Thérapeute: Et?

Le père: Et Nicolas m'a répondu: Mais non papa, c'est pas toi, c'est moi!" C'est la première fois depuis si longtemps que je retrouve mon fils...Et lundi prochain, il veut reprendre l'école.

Thérapeute: Bravo M.Brosseau! Vous avez fait un grand pas, mais sachez que Nicolas est comme un sportif blessé, il va falloir le freiner pour lui éviter de se prendre un mur. Il va devoir affronter le regard des élèves, de ses profs, du proviseur, se lever tôt, se concentrer, d'autant que le cannabis lui a bien embrumé le cerveau....Ça risque d'être une très grande pression pour votre fils, et il pourrait très vite renoncer. Freinez-le...

La rechute faisant partie de l'équilibre, il est indispensable de préparer M. et Mme Brosseau à de nouvelles crises. Nous en sommes à un balbutiement de changement. De plus, freiner Nicolas "tu es sûr, ça n'est pas trop tôt après tout ce que tu as traversé?" lui évitera les affres d'un nouvel échec et d'une nouvelle spirale d'évitement.

Quatrième séance

"Vous ne m'aimez pas!" 

Les conflits ont repris de plus belle, Nicolas est bien retourné au lycée une heure, puis a rebroussé chemin.

Traverser ses peurs n'est pas chose aisée, reprendre le rythme des cours non plus. Mme Brosseau ayant pris rdv avec un avocat pour aider son fils à la prochaine convocation devant le juge d'enfant, Nicolas stresse et refuse d'y aller. Un bras de fer s'ensuit avec son père et Nicolas insulte ses parents et leur lance "Vous êtes des enculés!". 

Thérapeute: Ah oui, il a mis la dose! Et qu'avez-vous fait M.Brosseau?

Le père: Une baffe! Je lui ai donné une baffe, c'est parti sans que je puisse contrôler quoique ce soit, j'ai vu rouge!

Thérapeute: Et Nicolas, comment a-t-il réagi?

La mère: Il a crié "Vous ne m'aimez pas!" 

Le père: On n'y arrive plus, il faut trouver une solution, encore des insultes, je l'ai tapé, ça devient trop dangereux.

La mère: J'ai appelé les parents de sa copine pour les prévenir des agissements de notre fils. Il y reste tous les week- ends, ils doivent être au courant, c'est de notre responsabilité. 

Thérapeute: Je comprends bien votre désarroi, d'autant plus après cette petite pointe d'espoir et c'est bien normal, mais c'est une belle rechute, une belle grande rechute! Et elle fait partie de l'équilibre, d'autant plus que pour le moment tout est très fragile. Je vais vous demander à tous les deux de vous préparer aux prochaines crises, de les prévoir et de reprendre votre position basse.

M.Brosseau, la prochaine fois que votre fils vous traite "d'enculés", parce qu'il va recommencer à la première frustration et peur venues, vous devez vous entraîner et vous lui direz: "Mais non petit tu es bien trop gentil avec nous, on est bien pire que ça!" 

Le père: Ça ne va pas être facile!

Thérapeute: Non je sais bien, mais je vous en crois bien capable, et une "petite" lettre de colère devrait vous soulager et vous y aider.

...

"Rajouter des bûches pour éteindre le feu"

Le père: On doit vous dire aussi que son histoire d'argent, c'est pire que tout, il nous demande sans cesse de participer avec lui sur internet, il y croit dur comme fer! 

Thérapeute: Et Nicolas vous demande de participer financièrement?

Le père: Oui bien sûr, tout le temps, il nous lâche jamais avec ça

Thérapeute: Et laissez-moi deviner, vous le raisonnez, n'est-ce pas?

Le père: Oui forcément, il a quitté terre....Et ça nous inquiète beaucoup

Thérapeute: Mme Brosseau, vous avez besoin de repos en ce moment, c'est pourquoi je me tourne encore vers votre mari, vous êtes d'accord?

La mère: Oh oui!

Thérapeute: M. Brosseau, concernant l'obsession de votre fils de gagner beaucoup d'argent en bourse sur internet, Je vais vous demander de jouer un gros coup, c'est le cas de le dire et de devenir plus déraisonnable que lui? Vous vous sentez prêt? 

Le père: Je commence à vous connaître et je crains le pire (dit-il en riant) 

Thérapeute: Vous allez user d'un stratagème vieux comme le monde, il s'agit de "rajouter des bûches pour éteindre le feu". La prochaine fois qu'il vous en parle, voilà ce que vous allez lui dire, toujours à votre façon en reprenant votre position basse stratégique: " Tu joues bien trop petit! Tu veux vraiment te faire de l'argent? Alors voilà, avec ta mère on a bien réfléchi, et on se dit qu'on ne t'a jamais vraiment bien écouté, c'est pourquoi on se disait que tu as besoin de notre aide et on a décidé d'hypothéquer la maison!"

Les parents: Non vraiment? (et ils éclatent de rire)

Thérapeute: Oui vraiment et ça n'est pas tout.

M. Brosseau, vous allez prendre rendez-vous avec un conseiller de votre banque pour devenir un expert en placement boursier, et vous allez emmener votre fils.

Le père: Il ne viendra jamais!

Thérapeute: Sans doute, mais ça devrait bien le calmer....

Les parents: On commence à s'amuser en effet (et éclatent de rire à nouveau)

Les stratagèmes ont bien des vertus. Non seulement ils sont très efficaces en créant des situations paradoxales à 180°, mais ils permettent aux parents de devenir totalement imprévisibles pour leurs enfants, rompant ainsi le cercle vicieux de la confrontation et de l'escalade. Et cerise sur le gâteau, ils permettent aux parents de dédramatiser les situations et de retrouver le sourire et l'espoir. Je dois dire que pour les 180° et la position basse stratégique, je me suis bien inspiré de la nature de M.Brosseau: Imaginez-vous plonger dans l'univers de Pagnol, l'accent, le soleil, le grand cœur, le sens de l'humour et de la dérision. A ce jeu de la stratégie, il va devenir un maître...

Cinquième séance

"C'est presque trop beau pour y croire"

Le ton a changé, je retrouve des parents réjouis et remplis d'espoir; Nicolas s'est remobilisé un peu comme un automate cassé à qui l'on aurait remplacé les vieilles piles usées. 

Le père: Depuis la dernière séance, le calme est revenu à la maison, Nicolas ne parle pratiquement plus de son obsession et de ses jeux d'argent

Thérapeute: (sur un ton malicieux) Ah bon? Est-ce que ça veut dire que vous lui avez fait votre petite tirade infernale?

Le père: Oui et il est resté bouche bée! Il n'y comprenant plus rien le gamin! J'avais envie de rire mais je me suis retenu

La mère: Et mon mari lui a dit qu'il devait devenir un expert et qu'il avait pris rendez-vous avec un conseiller à la banque

Thérapeute: Vraiment vous m'épatez! Et alors Nicolas y est allé à ce rendez-vous?

Le père: Non pensez-vous, il a reculé

Thérapeute: Et vous M. Brosseau, vous y êtes allé à ce rendez-vous?

Le père: Mais bien-sûr! Et j'en ai appris un peu plus sur les placements boursiers. En rentrant, j'en ai parlé à mon fils

Thérapeute: Et...?

Le père: Et il a marmonné je ne sais trop quoi et il est retourné dans sa chambre...C'est presque trop beau pour y croire!

Thérapeute: Oui le changement est en marche, mais je ne vous le répéterai jamais assez, la rechute fait partie de l'équilibre, vous devez vous y préparer quotidiennement.

"Mais pourquoi tu te lèves si tôt?"

La mère: Mais attendez, ça n'est pas tout, Nicolas se lève à nouveau tous les matins à 6h, comme si il allait à l'école. Il y va tous les jours 1h par ci, 1h par là...

Thérapeute: Il tâte le terrain, il réapprend à marcher et ça ne doit pas être facile pour lui de traverser ses peurs, d'affronter ses professeurs...Il est courageux votre fils, mais il a bien trop peur de ses échecs. 

Le père: Oui et on hallucine, maintenant il parle de travailler! Il veut aller travailler sur le chantier d'un de nos très bons amis.

Thérapeute: J'espère que vous l'avez freiné....

Les parents: Oui on lui a dit "Mais pourquoi tu te lèves si tôt?"

Thérapeute: Excellent! Vous êtes excellent! Et alors il se lève ou il est reparti se coucher?

Le père: (très fier de son fils) Non non, Nicolas a bossé sur le chantier vendredi et samedi, et il y retourne la semaine prochaine. Il a même réclamé à notre ami d'y aller tous les jours...Et tant pis pour les études, pour le moment il a recommencé à vivre.

Thérapeute: Vous avez bien raison, le plus important c'est qu'il se remobilise et qu'il pense qu'il l'a décidé seul. Il sera toujours tant pour Nicolas de reprendre ses études, y compris à 20 ans, 30 ans....Aujourd'hui, notre vie n'est plus linéaire

Et dites-moi, j'y pense, concernant sa consommation de cannabis, il a dû forcément bien la réduire pour réussir à travailler sur un chantier? 

Les parents: C'est ce que nous pensons aussi, mais on ne lui en parle plus...

Sixième séance

"Ça va tellement bien qu'on allait oublier le rendez-vous!"

C'est toujours moi qui appelle mes patients, et j'entends à leur voix qu'ils sont surpris de m'entendre; Ils sont sur un petit nuage, ont retrouvé leur joie de vivre, tout particulièrement Mme Brosseau qui a passé un cap très difficile entre épuisement et déprime. 

Les parents: Bonjour Mme Giraudeau, ça va tellement bien qu'on allait oublier le rendez-vous!

Thérapeute: J'en suis rarement aussi ravie! Racontez-moi, vos voix sont rayonnantes! 

Les parents: Nicolas va sur le chantier tous les jours! De 7h30 à 18h! Il est serein, souriant, radieux, entreprenant!

Le père: Et il est même en train de retaper son bureau de quand il était petit...C'est incroyable!

Thérapeute: Mais vous allez me faire pleurer si vous continuez là...Je vous sens tellement heureux!

La mère: Et maintenant, il passe ses week end à la maison avec sa copine

Thérapeute: Il revient donc au bercail, et avec sa copine...La confiance est en train de revenir, mais restez bien vigilants et prêts à une rechute. Je sais que je me répète, mais je n'aimerais pas qu'à la première altercation, vous retombiez de haut.

Le père: Justement, ça a failli et je suis sorti dans le jardin pour ne pas m'énerver et lui faire des reproches

Thérapeute: C'est un bon réflexe, racontez-moi...

Le père: Nicolas se fait des frites avec sa copine à 15h de l'après-midi! Et les repas c'est en famille! 

Thérapeute: Oui je comprends, mais notez qu'il est courageux pour faire des frites à 15h! 

La mère: Finalement, il n'est pas viré du lycée, il a reçu la convocation du bac blanc, mais on ne s'attend pas à ce qu'il y aille...

Le système judiciaire est en marche, et la protection judiciaire de la protection des mineurs va faire une enquête.

Thérapeute: Ce ne seront pas des moments faciles, ni pour vous, ni pour votre fils. Accompagnez-le et repérez bien les premiers signes de stress et de peur chez votre fils, il pourrait "criser" à nouveau. Tenez-vous prêts à reprendre une position basse stratégique.

La situation est débloquée, et nous nous dirigeons vers une consolidation.

En thérapie systémique et stratégique, la prescription de la rechute a pour objectif de préparer à la consolidation du changement et ce à plusieurs niveaux d'intervention

1) Prescrire la rechute la banalise et dédramatise les réactions émotionnelles des parents, et donc par ricochet celles de leur fils Nicolas

2) S'y attendre comme faisant partie d'un équilibre, évite de vouloir aller trop vite, d'avoir de trop grandes attentes de la part des parents, et minimisent ainsi les déceptions, tout en préservant leur fils d'une trop grande pression sur ses épaules.

  Septième et dernière séance

"La vie a repris ses droits"

Tout va bien chez la famille Brosseau. Nicolas travaille toujours sur le chantier de l'ami de ses parents qui est très satisfait de lui. Il est assidu, courageux et a retrouvé sa joie de vivre. Ses études sont en "stand-by" mais il n'a que 17 ans 1/2....

Il a de nouveaux projets dans l'immobilier et aimerait faire une formation dans l'agence du père d'un de ses copains. Il attend le contrat de formation. Nous tombons d'accord pour clôturer avec cette dernière séance.

"Mais oui mon chéri, tu demanderas au juge combien de fois il faudra l'arroser!"

Thérapeute: Comment allez-vous?

Les parents: Ça va bien! La vie a repris ses droits, notre famille est à nouveau heureuse!

Thérapeute: Vous m'en voyez ravie et quelles sont les dernières nouvelles?

La mère: Nous voulions partir une semaine en vacances et nous avons laissé le choix à Nicolas de venir ou pas "c'est toi qui choisis"

Thérapeute: Vous n'aviez donc plus peur de lui laisser la maison? 

Le père: Non, on lui a juste demandé: "On fait comment pour la maison?" Et tout s'est bien passé! Nicolas avait tondu la pelouse, les lessives étaient faites, le ménage aussi! Il nous a même gentiment reproché de ne pas l'avoir appelé plus souvent....

Les parents: Et on lui a dit que nous étions très fiers de lui! 

Thérapeute: Il le mérite en effet

Le père: Ah! il y a eu encore un petit délire de sa part. Nicolas voulait cultiver un carré de cannabis!

Thérapeute: Et qu'est-ce que vous lui avez dit? 

Le père: Mais oui mon chéri, tu demanderas au juge combien de fois il faudra l'arroser!!!

Thérapeute: Là vous vous êtes surpassé! 

Les parents: Mme Giraudeau, vous avez sauvé six personnes, et nous vous en serons éternellement reconnaissants.

Thérapeute: M et Mme Brosseau, je suis très touchée de vos paroles, mais sachez que vous vous êtes sauvés vous-même, vous avez fait un travail phénoménal et je vous tire mon chapeau. N'oubliez pas les stratégies, la position basse et la rechute. Vous savez ce que je vais vous redire?

Les parents en coeur: Oui la rechute fait partie de l'équilibre!

Epilogue

Une année s'est écoulée, et il y a quelques jours je reçois ce mail intitulé "Nouvelles des Brosseau".

Loin de moi, l'idée d’une autosatisfaction mais il représente un feedback et un témoignage de l'efficacité de la thérapie systémique et stratégique.

Il est donc important que je le communique, car il valide une consolidation du changement, et témoigne que le chaos a fait place au mouvement de la vie.

Bonjour Madame Giraudeau,

Depuis que nous avons cessé nos communications directes, la situation a bien progressé. Nicolas a aménagé avec son amie, en attendant le travail idéal il effectue des missions en intérim, certes rébarbatives mais à défaut rémunératrices, gage d'autonomie. Nous avons retrouvé des relations pleines d'amour. Des idées "exotiques" habitent toujours son esprit encore tourmenté, mais nos vies à tous les 6 ont bien changé.

Il a juste raté son permis pour la 3e fois, ce qui coupe des possibilités de travail comme de vacances, mais nous surmonterons cela.

Nous tenions à vous remercier encore pour votre aide salvatrice sans laquelle notre famille n'en serait peut-être plus une.

Avec tous nos remerciements

M et Mme Brosseau

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