Betty-Alice Erickson : "il faut beaucoup de bravoure pour changer !"

Colloque IGB

blog ericksonNos sentiments, nos émotions sont toujours plus précis que notre intellect.

La technique soutient une bonne thérapie. Mais pas automatiquement.

Les meilleurs résultats sont obtenus quand on utilise la réalité et le langage de la personne.

La résistance arrive quand les gens ne font pas ce que l’on souhaite qu’ils fassent. On leur a donné nos meilleurs arguments et ils ne changent pas. Parfois c’est connu et parfois c’est même habituel. Parfois même les personnes oublient que ce fonctionnement
est une blog petit princehabitude. On essaye toutes sortes de choses, mais on oublie d’utiliser les mots de la personne, son monde, sa vision, comme LE principal atout. Il s’agit d’utiliser de manière productive tout ce qui est productif. Tout ce qui colle et qui rapproche la personne de son but productif. Ca revient à déployer ses perspectives. La partie la plus difficile dans le fait d’étendre la perspective de la personne, n’est pas uniquement de le faire, mais de fermer ma bouche, en tant que thérapeute, pour laisser faire le patient au moment où il doit le faire. Ca consiste à les laisser eux-mêmes redéfinir leurs propres changements.

C’est exactement ce qu’Erickson voulait dire : « faite confiance à l’inconscient ».

Pas uniquement votre inconscient d’intervenant. Mais leur inconscient de patient. Nous avons tous été bien formés - mais le plus grand respect qu’on peut offrir aux gens c’est d’offrir et lâcher-prise. Cette perspective,
implicitement et explicitement, change à la fois la définition de la thérapie et du problème.

L’expansion des choix devient un but.


Tout le monde aime avoir du choix. On peut ajouter de l’humour et de la curiosité. Sur une hiérarchie, la curiosité et l’humour sont au top. Personne ne peut avoir peur si il rit ou si il est curieux.

Ajouter l’humour et la curiosité change toute la perspective de la réalité.

Erickson croyait dans le pouvoir de la connexion. Et c’est essentiellement ce que j’enseigne aujourd’hui : la CONNEXION

-                Si je dis la voix de Luciano Pavarotti m’a beaucoup touchée
-               Mais qu’est-ce-que tu racontes ?
-               Il m’a rendu différente
-               Pour moi tu es toujours la même
-               Au bout du compte je dis : tu sais ce que je veux dire

Après beaucoup de réflexion, je pense que la connexion est l’une des principales raisons d’influence.

A chaque conférence les personnes viennent me voir, ils cachent leurs noms, ils m’attrapent dans un endroit et me disent : « votre père a changé ma
vie ».

Il m’a dit : « ce dont je me souviens de ce qu’il m’a dit, et ils sont toujours en train de me toucher, je voudrais juste que vous sachiez
ça. » Je dis merci et ils s’en vont. C’est étonnant et ça se passe si souvent.

Un jour j’ai demandé à Papa : « Comment fais-tu pour que tes patients fassent des choses si incroyables ?. En commençant par monter en haut d’une montagne, comment fais-tu pour arriver à leur faire faire ça. »

 

Il me dit que contrairement au mythe il répond directement en disant :

  • Ils savent que je sais ce que je fais
  • Ils savent que leur bien-être me tient à cœur
  • Ils savent que j’ai de la bienveillance pour eux

 

Une des raisons pour lesquelles Erickson arrivait à faire faire des choses c’était l’utilisation de la transe sans hypnose. La transe est la communication la plus élevée. Quand vous êtes en transe vous m’écoutez sincèrement, réellement. Il y a beaucoup de façon de créer cette transe.
Quiconque a jamais embrassé la peau d’un petit enfant qui est tombé et s’est fait mal - maman dit qu’elle va faire un bisou, et l’enfant s’en va car il pense que sa peau n’a plus de blessure.

Si dans cette pièce je voulais regarder qqn et lui dire : « il y a bien longtemps… vous allez vous apaiser et commencer à vous mettre en position d’attendre ce beau prince. C’est VOUS qui allez atteindre vos propres ressources. »

2 choses sont nécessaires pour la transe :
- être moi même en transe
- attendre ravi en proposant a la personne de me rejoindre


Entre Milton Erickson et Gregory Bateson, une partie de la magie provenait de l’immense  amour qu’il y avait entre eux. Erickson signifiait clairement : « mon plaisir, c’est de donner » C’est un cadeau volontaire. Erickson personnifiait la possibilité d’un amour qui vient de loin, une connexion avec quelque chose de plus vaste que vous et moi, qui va au-delà de la plupart de nous tous.

Maintenant la connexion permet aux gens suffisamment courageux de changer maintenant et de manière durable. Car il faut beaucoup de bravoure pour changer.

 

Une de mes histoires préférées :

Dans le monde entier il y a 2 sortes de peurs :

  • les araignées, peur de parler en public …
  • la peur du tigre : si il rentre dans cette pièce avec la queue qui balance, ses grandes canines visibles, regardant directement avec ses yeux jaunes affamés. Toutes les autres peurs viennent de là.

 

La difficulté est d’identifier la différence entre les 2.

Les amoureux qui marchent de manière synchrone. Cet instant de véritable connexion avec un parfait étranger. Quand vos yeux rencontrent le regard d’un autre et que vous venez de comprendre. C’est mémorable et c’est durable.

Nous pouvons avoir cette connexion avec le patient, ce n’est pas une technique. C’est être disponible, être, offrir.

J’ai entendu dire souvent que Bateson avait regretté d’envoyer beaucoup d’étudiants apprendre auprès de mon père, car beaucoup d’étudiants ont confondu ETRE avec  TECHNIQUES. Comme l’étudiant qui regarde le doigt plutôt que la lune.

La vraie communication est au-delà des techniques.

La connexion communique tellement plus que les mots. Vous savez beaucoup plus que ce que vous réalisez
à propos de beaucoup de gens.

De combien de temps avez-vous besoin pour savoir si le prof était bon. 10 mn ?

Nous savons plus que nous croyons savoir. Nous jouons un jeu social. Ce n’est pas un jugement mais juste savoir. Dans cette pièce nous sommes tous assez vieux pour avoir été trahi. La plupart du temps on se dit : « j’aurais du le savoir »


La vraie connexion : laisser les autres entrer en nous.


Erickson disait et croyait que notre état naturel est celui d’un enfant de 4 ou 5 ans. Enthousiaste, curieux, téméraire, sans peur.

Maintenant il faut faire entrer les enfants dans la civilisation.

En faisant cela ils perdent le contact avec cette partie infantile qui est en eux, ils perdent tout.

Nous oublions de nous rappeler un tas de choses. Qu’il y a des différences entre la réalité et la perception.

Pensez à la nourriture. Nous sommes d’accord pour dire qu’on ne veut pas manger des cafards dégoutants. Les insectes sont plein de protéines et la moitié de la
terre les mangent. Mais tout le monde doit croire que je ne mange pas d’insectes même si ça coûte moins cher que le bœuf.

La réalité se sont les lois physiques de la terre. Et la gravité existe pour que nous soyons d’accord ou pas. Tout le reste vient de nos apprentissages et de nos perceptions. La réalité n’est pas modifiable.

Les perceptions de la réalité sont interchangeables, modifiables.

Il y a bien longtemps, certains dans cette pièces pensaient que 40 ans c’est mieux. (rires)

Le contenu émotionnel parfois gène les perceptions.

Si vous avez grandit dans une maison ou vous vous sentiez mal, alors vous restez coincé dans cette croyance que vous n’êtes pas bien.

Il y a 130 ans nous ne pouvions pas voir les os dans notre corps, maintenant grâce à Pierre et Marie Curie nous le pouvons. Nous pouvons voir l’énergie en nous. Qui sait ce qui va arriver, et que nous pouvons mesurer.

Première histoire

Une est très connue, l’autre n’a jamais été publiée.

Première histoire c’est à propos de ma fille. C’est la deuxième orpheline vietnamienne adoptée au EU en 1965. Elle est arrivée dans ma fille à 11 mois, elle avait un frère de 18 mois et un de 2 mois ½. Ses 2 frères et son père étaient très blonds avec des yeux bleus.

Et Kemberly a la peau brune, les yeux bruns. Il y a 40 ans l’adoption n’était pas banalisée.

A l’âge de 3 ans, Erickson a eu une conversation très sérieuse que lui seul pouvait faire. Elle était sa « petite fille pain d’épice », brune,
ses yeux comme des raisins secs. « Comme tu es ma fille, qu’est-ce-que toutes les filles du monde veulent avec leurs frères : avoir le pouvoir ».
Et voilà grand père qui lui donne des biscuits qu’elle peut décider de partager ou pas. Les garçons sautent à côté d’elle. Et à un niveau les frères savaient.
Mais elle était cette personne en pain d’épice qui en plus avait le pouvoir de leur donner ou pas des biscuits. Et ça a duré jusqu’à sa mort (du grand père). Et il y a plein
de choses que je ne sais pas. Ce n’était pas un sujet jusqu’au jardin d’enfant.
Et un jour elle rentre de l’école après le premier jour de classe, et me dit : « maman j’ai une maîtresse en pain d’épice. Et je lui ai dit
qu’elle était comme moi ».  Et cette maîtresse qu’elle aime encore a mis son bras à côté du sien et lui a confirmé qu’elle est également une dame pain d’épice.

Tout a changé avec le « petite fille en pain d’épice »

 
Deuxième histoire

Dans la dernière partie de sa vie Erickson avait des séminaires dans sa petite maison. La plupart des personnes présentes étaient des thérapeutes. Dans un des séminaires, un jeune homme (un patient qui avait des crises) était resté silencieux puis à un moment a indiqué qu’il voulait parler.

Pièce silencieuse.

Il y a un an j’ai su qu’on allait faire du mal au président des EU. J’ai appelé la police, la CIA, tout ce qui était possible. Ils sont tous venus pour écouter
mais n’ont pas fait attention à moi. Il habitait dans le Sud de la Californie. Je suis parti dans le désert. J’ai cru que j’allais mourir. Je n’avais rien.
J’ai trouvé des flaques d’eau. J’ai sucé des cactus. J’étais presque mort. Puis je suis rentré à la maison. Je suis rentré chez moi.

 

Il y a eu ce silence dans la pièce et Erickson se mit à raconter :

il dit d'abord : « tu sais quand ma fille était petite, elle est partie en Australie. En Australie il y les aborigènes. Parmi eux il y
en avait un qui avait environ 15 ans. Cet aborigène part dans le désert parfaitement inhospitalier, il doit trouver l’eau, à manger. Après il revient à son village après des mois, et c’est à ce moment-là qu’il devient un Homme.

Puis il dit : de la même façon chez les amérindiens, ils vont se retrouver près d’un arbre particulier jusqu’à ce qu’ils aient une vision. Ils ont faim, ils ont soif,
mais leur nom leur vient dans une vision. Puis ils se lèvent, rentrent chez eux et ce sont des Hommes

Il dit enfin : dans la tribu des guerriers masaï, les hommes partent dans la savane avec une lance et doivent trouver à manger et à boire. Le jeune homme
doit se préserver des prédateurs. Seuls quelques uns ne meurent pas. Certains veulent devenir des anciens du village, et pour ça ils doivent tuer un lion. Les lions sont très paresseux. Alors il faut d’abord trouver un groupe de lions, et les lions mâles sont les protecteurs, les femelles sont les chasseresses. Ces hommes doivent provoquer les mâles. Lorsqu’ils le provoquent, le lion dit : « OK, laisse-moi tranquille, j’ai envie de dormir, sinon tu vas le regretter ». Et le garçon continue a provoquer le mâle. 


Mais il n’y a qu’un seul moyen de tuer un lion avec une lance. Vous devez tenir un bout de la lance sur le pied et au sommet de son saut c’est là que vous
devez le toucher. Le poids du lion pousse la lance à ce qu’il se tue lui-même par son propre poids sur la lance.

Alors le jeune homme le provoque, lui lance des cailloux. Puis le lion vient et
bondit. Et le lion saute - alors il doit plonger sa lance au bon moment.

Si il a beaucoup de change et est très habile le lion tombe immédiatement.

Alors il revient dans son village avec la queue et les oreilles et devient un sage, immédiatement. Et il ne peut en parler à personne car personne ne peut
comprendre ce qu’il a ressenti.

Seul lui et les autres sages savent.

Il y avait du silence dans la pièce.

(retour à l’histoire du patient) Après avoir entendu ces histoires, le jeune homme a dit : « j’ai changé de nom lorsque je suis rentré chez moi ».

En écoutant toutes ces histoires, je me suis dit : « mon dieu !». Je connais papa, et il m’a époustouflé avec cette intervention car non seulement il a stoppé la prise de
psychotique pour le jeune mais il en a fait quelque chose hors du commun. Il a réalisé l'exploit d'avoir pu dire à ce jeune homme, à travers ses 3 histoires, sans jamais le lui dire explicitement : 1°) tu ne refais jamais ça ! 2°) tu n'en parles à personne !

Je connais ce jeune homme depuis 30 ans. Il n’a jamais eu d’autres crises psychotiques.

 

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Mots-clés: Palo-Alto, Erickson

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