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Confinement, déconfinement et paradoxes. Inclus vidéo. Claude de Scorraille

Extrait de la conférence de Claude de Scorraille du 7 mai 2020

Viktor Frankl, neuropsychiatre, auteur de « Découvrir un sens à sa vie » travaille sur les thèmes du vide existentiel et de l’autonomie de l’individu. Il fait l’hypothèse qu’au moment de l’évolution où l’homme devient un être humain, il subit une double perte : il perd d’une part l’instinct – qui permet un ajustement du comportement de l’animal en fonction de ses besoins – l’homme pensant sa vie en plus de la vivre. Il perd d’autre part son autonomie : son désir devient modelé par le désir de l’autre, par un besoin de conformité.

Dans le monde occidental moderne, l’instinct et les traditions sont en perte de vitesse. L’autonomie ne va pas de soi et désirer ce que d’autres imposent comporte un risque de totalitarisme. L’homme moderne, « égocentré », ne met plus de limite à ses désirs et vit dans l’illusion du contrôle de son environnement : dans son monde idéal le risque est maîtrisé. L’éducation promet « si non veut, on peut », ce qui est très différent de « si on veut on peut ce qu’on peut ». Le risque zéro est l’exigence : zéro faute à l’école, zéro mort à la guerre, etc dans une recherche constante d’absolu et d’inaltérable.

La relation à soi et aux autres, régie par un principe d’égalité, devient rigide. L’adversité prend le pas sur la coopération, la fermeture l’emporte sur l’ouverture, l’individualisme sur la relation et le bien commun.

La période qui précède la crise de la Covid 19 est marquée par la stabilité et la foi dans l’intelligence qui permet de nous adapter et de traverser les épreuves. Beaucoup de personnes, avant cette crise, n’ont pas réellement expérimenté l’incertitude.

Arrive cette crise et subitement les média nous inondent d’incertitude au point que le sujet devient obsessionnel.

Illustration : les fourmis nomades. Ces insectes vivent habituellement en groupe très organisés, elles se déplacent en colonne, se ravitaillent de même et sont capables de bivouaquer. Que se passe-t-il en cas d’évènement inattendu ? Un orage par exemple. Leur comportement devient rigide, l’orage efface leurs traces, les fourmis paniquent, s’agglutinent et s’aveuglent. Leur comportement est devenu rigide par absence de communication entre les individus.

Quelle fut la réponse des états pour endiguer le virus et pour protéger la population ? Le confinement. Le message qui se diffuse est donc que pour protéger les individus il faut les isoler (rappelons que l’isolement est aussi une punition – la prison - voire un moyen de torture dans certaines sociétés). L’autre devient une menace à éviter. Et en tant qu’être humain, je suis en face de ma vulnérabilité, bien éloigné de l’individu performant et tout puissant. Le covid apporte l’expérience de la peur et de la souffrance.

Mais le confinement a aussi démontré que sans l’autre nous ne sommes rien : ceux qui ont continué à soigner, à enseigner, à approvisionner … ont permis que la vie poursuive son cours. C’est la collaboration, la relation qui ont rendu cette continuité possible.

Alors comment aider les patients et clients en période de crise sanitaire ? Il faut revenir aux bases de la communication, telles qu’elles ont été développées par l’Ecole de Palo Alto, en particulier dans l’ouvrage « Une logique de la communication » (Watzlawick, Helmick Beavin, Jackson). Les flux d’information, la communication, la souplesse des relations rendent les ajustements possibles. Aider c’est aider à confronter les paradoxes, assouplir les perceptions, apprendre à changer de vision du monde, tout en conservant une singularité d’être humain. A l’image du funambule qui trouve son équilibre dans le déséquilibre qui précède, il est sans doute possible de retrouver de la sécurité à partir de l’insécurité.

Propos retranscrits par Pascale Baratay Lhorte

Mots-clés: troubles anxieux, Les défis du COVID

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