Lact - Représentant Ecole Palo Alto

Représentant
École de Palo Alto

Centre de formation, intervention et recherche

Approche systémique stratégique et hypnose

 01 48 07 40 40  |  Email :

Recherche

Vous avez des questions sur nos formations ?

L

Assistant LACT

En ligne
L
Bonjour ! Je suis l'assistant LACT. Comment puis-je vous aider ?
L

À partir du cas de Lucie, gardienne de la paix prisonnière de ses rituels, cet article explore la dynamique peur–honte au cœur des TOC. Il montre comment l’empathie stratégique, l’exercice du pire et la prescription de symptômes permettent de desserrer l’étau obsessionnel et de restaurer la liberté de vivre.

Aimer les patients TOC

Cet article est basé sur les propos tenus par Emmanuelle PIQUET lors de la conférence intitulée TOC, TOC, TOC de juin 2025 , disponible en vidéo sur YouTube sur le compte de LACT. Les éléments présentés ici sont extraits fidèlement de cette intervention, sans interprétation ni modification de fond.

Aimer les patients TOC : une clinique de la créativité… et de la souffrance

Dans une carrière de thérapeute, on finit souvent par avoir des « patients préférés ». Pour certains, ce sont les dépressifs, pour d’autres les couples, les adolescents, les familles. Pour ma part, les patients souffrant de troubles obsessionnels compulsifs (TOC) occupent une place à part : je les trouve à la fois profondément touchants et d’une créativité inouïe… pour se faire souffrir.

Cette créativité se déploie dans des rituels parfois spectaculaires, souvent incompréhensibles pour l’entourage, et même pour certains professionnels. Pourtant, derrière ces comportements « bizarres » se joue une véritable lutte intérieure, où deux émotions s’affrontent et s’entremêlent : la peur et la honte. C’est autour de ce double enjeu que s’organise, dans une perspective systémique et stratégique, l’accompagnement des personnes qui vivent avec des TOC.

Deux émotions au cœur des TOC : la peur et la honte

La peur : quand « la terre a tremblé »

Au début de l’histoire des TOC, on retrouve presque toujours une peur sourde, plus ou moins consciente, souvent liée à un événement où, pour la personne, « la terre a tremblé ». Un moment où quelque chose s’est fissuré dans son sentiment de sécurité, dans sa confiance dans le monde ou en elle-même.

Dans une perspective systémique, il est fondamental de retrouver ce moment-là avec le patient non pas pour « expliquer » son trouble de manière causaliste, mais pour lui rendre la cohérence de ce qu’il fait aujourd’hui.

Quand le patient peut raconter : « À ce moment-là, ma terre a tremblé, et c’est compréhensible que la peur ait commencé à s’insinuer en moi », on passe d’une vision où il est « fou » ou « ridicule » à une vision où ses rituels sont une tentative logique de se protéger.

Ce changement de regard est au cœur de ce que nous appelons l’empathie stratégique : « Je comprends parfaitement que vous fassiez cela… même si c’est précisément ce que nous allons vous aider à arrêter de faire. »

La honte : huit ans de silence et un risque suicidaire majeur

La deuxième émotion, tout aussi centrale, est la honte. Elle s’installe progressivement, au fur et à mesure que l’entourage critique (« arrête, c’est ridicule ! »), que le patient lui-même se juge (« je suis bizarre, je suis fou »), et que le temps passe sans aide.

On estime que le délai moyen avant de consulter pour des TOC est d’environ huit ans. Huit années à s’enfermer dans ses rituels, à s’isoler, à se cacher. En même temps, le risque suicidaire est considérablement augmenté chez les personnes souffrant de TOC, non pas « malgré » le caractère mental et invisible du trouble, mais à cause de la souffrance intense et secrète qu’il génère.

Cet aspect est développé, dans une perspective clinique, dans plusieurs ressources proposées par LACT, notamment l’article TOC : comprendre les troubles obsessionnels compulsifs et la page Comprendre le TOC

Une chronologie interactionnelle : comment les TOC s’organisent

Ce qui rend les TOC particulièrement intéressants, d’un point de vue systémique, c’est qu’ils suivent souvent une logique chronologique assez lisible. On peut la résumer en trois temps.

La peur et les premiers rituels : éviter de ressentir

Face à la peur qui surgit après l’événement où « la terre a tremblé », la personne met en place des rituels. Leur fonction première est simple : « Je ne veux plus ressentir cette peur. »

Les rituels apaisent à court terme : on vérifie, on nettoie, on compte, on répète une formule, on refait un trajet. Un peu comme si l’on tentait de contrôler une terre qui bouge : si je surveille assez, si je répète assez, peut-être que le monde tiendra.

Nous connaissons tous, d’ailleurs, la version « soft » de ces rituels comme ne pas marcher sur les lignes du trottoir « pour que la journée se passe bien », ou lancer un papier vers la corbeille en se disant « si ça rentre, c’est bon signe ».
La frontière avec le TOC est fine : ce qui change, c’est l’intensité, la fréquence, l’angoisse et l’effet d’emprise sur la vie quotidienne.

La honte et le méta-contrôle des rituels

À un second temps, l’entourage et la personne elle-même commencent à juger ces rituels. On essaie alors de contrôler… le contrôle : « Il faut que j’arrête de faire ça. » - « Je ne dois plus vérifier. » - « Je dois me raisonner. »

Les rituels deviennent le problème à éliminer, sans que la peur de fond soit réellement abordée. On entre alors dans une deuxième tentative de régulation, qui ajoute du contrôle… à un système déjà sur-contrôlant.

Des rituels qui survivent sans raison apparente

À force d’empilement, la personne ne sait parfois même plus de quoi elle a vraiment peur. Les rituels continuent, mais déconnectés de leur sens d’origine. Ils deviennent des automatisme d’évitement : « Je dois le faire, sinon il va se passer quelque chose d’horrible… mais je ne sais plus vraiment quoi. »

C’est ce qui rend indispensable, en thérapie, un travail en double focale sur les rituels eux-mêmes (les symptômes), et sur l’émotion de peur que ces rituels tentent de contrôler.

TOC de l’enfant, TOC de l’adulte : la honte comme point de bascule

Chez l’enfant et l’adolescent, on se trouve souvent au début de cette chronologie  la peur, elle  est là, parfois en lien avec du harcèlement, des humiliations, des violences ;  les rituels apparaissent comme une manière de conjurer cette peur mais la honte n’est pas encore totalement installée.

Intervenir tôt, avant que les proches ne multiplient les « arrête, tu vois bien que c’est n’importe quoi », permet d’agir directement sur la peur et la fonction protectrice des rituels. Quand la peur est apprivoisée, les rituels perdent naturellement de leur intensité.

Chez l’adulte, en revanche, la peur, les rituels et la honte se sont souvent enchevêtrés pendant des années. Le trouble est plus enkysté, la honte profondément ancrée, parfois sur fond de risques suicidaires importants. L’intervention nécessite alors une stratégie plus élaborée, qui prend en compte l’histoire de la personne, le système relationnel (conjoint, famille, collègues), et la manière dont chacun entretient, malgré lui, le problème.

Réservez une consultation en cabinet à Paris Montorgueuil ou à distance en visio-conférence

Nous recevons nos patients du lundi au vendredi. 
Pour prendre un rdv vous pouvez nous appeler au +33 (0) 1 48 07 40 40 
ou au +33 (0) 6 03 24 81 65 ou bien encore le fixer directement en ligne
en cliquant ici :

L’exemple de Lucie, gardienne de la paix : quand le doute prend le rond-point en otage

Pour illustrer cette dynamique, prenons le cas de Lucie, gardienne de la paix. Lorsqu’elle vient en consultation pour la première fois, cela fait près de dix ans qu’elle vit avec ses TOC.

Elle habite à une dizaine de kilomètres de son travail. En théorie, un trajet simple, faisable en voiture, en bus ou à vélo. En pratique, elle met 4h30 pour aller travailler en voiture lorsqu’elle décide de prendre sa voiture.

Pourquoi ? Parce qu’à chaque rond-point – et elle vit dans une région qui n’en manque pas – le même scénario se répète :

  1. Elle s’engage dans le rond-point.

  2. En sortant, une pensée surgit : « Et si j’avais fait une micro-amnésie et écrasé quelqu’un sans m’en rendre compte ? »

  3. Elle refait donc le tour du rond-point.

  4. Puis le demi-tour.

  5. Puis à nouveau le rond-point.

Elle me dit qu’elle peut faire cela 7 ou 8 fois. L’expérience clinique nous fait penser que c’est probablement davantage (15 ou 20 fois), la honte filtrant souvent la réalité.

À cela s’ajoutent des rituels de vérification à la maison :peur que son chien s’échappe du jardin, le portail est fermé par trois systèmes (verrou, cadenas, barre), la vérification répétée une dizaine de fois, un demi-tour en milieu de trajet pour revérifier, puis rond-points à répétition à nouveau.

Dans une tentative de se rassurer, Lucie a même mis en place un rituel supplémentaire : prendre en photo le portail verrouillé. Mais une nouvelle pensée vient ruiner cette solution :

« Et si c’était une ancienne photo ? Et puis, de toute façon, on ne peut pas faire confiance à Internet… »

On voit ici la nature même du système obsessionnel : chaque solution inventée par le patient devient une nouvelle prison. Plus il cherche à se sécuriser, plus il nourrit le doute et la peur.

Retrouver la peur fondatrice : quand la terre de Lucie a tremblé

Pour comprendre la peur de Lucie, je lui demande d’imaginer le pire : elle fait cette micro-amnésie, elle écrase quelqu’un, elle ne s’en rend pas compte, c’est filmé, vu, dénoncé, ses collègues la rattrapent, l’arrêtent, la confrontent.

Je la guide dans ce scénario : « Que se passerait-il de pire pour vous ? La prison ? Le procès ? La perte de votre emploi ? »

Et là, un élément clé apparaît :

« Non, me dit-elle, ce qui est insupportable, ce n’est pas la prison. C’est le moment où mes collègues sont autour de moi et me disent : “Comment tu as pu faire ça, Lucie ? Gardienne de la paix et tu fais un délit de fuite ? Tu es une saloperie.” Ça, c’est juste affreux. »

Autrement dit, ce qui est au cœur de sa peur, ce n’est pas l’accident en lui-même, ni même la sanction pénale c’est le regard accusateur des autres, l’atteinte à ses valeurs profondes, à son identité de gardienne de la paix, à son besoin d’être du côté de la protection, de la justice.

En allant plus loin dans l’histoire, elle se souvient d’une scène d’enfance, son arrivée en CP en Bourgogne, avec un accent très marqué de Toulouse. Une maîtresse qui la fait monter sur l’estrade pour « faire parler son accent », la classe qui rit, la honte, la peur, l’humiliation, à répétition pendant des mois, jusqu’au jour où la grand-mère intervient pour mettre fin au  spectacle.

Là, nous touchons le moment où la terre de Lucie a tremblé : être désignée, exposée, moquée par la figure d’autorité devant le groupe. On retrouve exactement le même motif dans sa peur actuelle : être désignée, montrée du doigt, accusée d’avoir trahi ses valeurs.

Les différentes étapes 

Étape 1 : apprivoiser la peur avec « l’exercice du pire »

Une fois la peur identifiée, l’objectif n’est pas de la rassurer en disant : « Mais non, vous n'écraserez  jamais personne, ne vous inquiétez pas. »

Ce type de réassurance nourrit le système obsessionnel, car il alimente le doute « Et si cette fois-ci c’était différent ? Et si, malgré tout, le pire arrivait ? »

À l’inverse, nous allons plutôt inviter la peur à venir, de manière contrôlée. C’est ce que j’appelle « l’exercice du pire » : décrire avec le patient, dans les moindres détails, le scénario le plus effrayant, l’enregistrer (ici, avec ma voix, car pour Lucie, c’est ma manière de raconter qui déclenche le plus de peur), et lui demander d’écouter cet enregistrement chaque jour, en se laissant traverser par les émotions.
Au fil des répétitions, quelque chose change, la peur reste désagréable, mais elle devient un peu moins submergeante, et la personne apprend à rester en présence de ce qu’elle craignait d’affronter.

Cette logique de prescription émotionnelle (aller vers ce qui fait peur, au lieu de constamment l’éviter) est au cœur de la thérapie brève systémique stratégique. 

Étape 2 : prescrire les rituels pour en reprendre la maîtrise

Travailler uniquement sur l’émotion ne suffit pas. Il est tout aussi nécessaire d’intervenir sur les rituels eux-mêmes. Mais, là encore, la logique stratégique nous invite à ne pas les combattre frontalement.

Si l’on dit à un obsessionnel : « Arrêtez vos rituels », on se heurte à une montée de la peur, une intensification des rituels, et une aggravation de la honte en cas « d’échec ».
Au lieu de cela, nous pouvons prescrire le symptôme : « Puisque vous le faites, faites-le… mais autrement, à des conditions qui changent la règle du jeu. »

Dans le cas de Lucie, prescrire les rituels des rond-points aurait été trop dangereux. En revanche, nous avons utilisé son rituel de vérification du portail : elle a le droit de vérifier une seule fois les trois verrous (ce qui reste acceptable et logique), mais si elle vérifie plus d’une fois, la règle devient : elle doit vérifier 10 fois et faire deux allers-retours supplémentaires à la maison pour revérifier.

Autrement dit : « Si vous obéissez au TOC, vous obéissez à fond. »

Les premières fois, elle s’exécute : cela lui coûte énormément de temps et d’énergie. À la quatrième tentative… la flemme l’emporte « Non, là, c’est trop, je vais vérifier une seule fois et partir. »

C’est un moment clé : non seulement elle a pu partir en ne vérifiant qu’une seule fois, mais surtout, elle a expérimenté qu’elle pouvait désobéir au TOC. L’emprise du rituel commence à se défaire, non pas par la force de la volonté, mais parce que la prescription stratégique rend le rituel plus coûteux que son renoncement.

Un rituel de sortie de thérapie : du nez rouge à la liberté

Les patients obsessionnels ont souvent du mal à quitter la thérapie. Ils craignent que, sans le cadre, les rituels se réinstallent. C’est pourquoi il est parfois utile de penser un rituel de clôture, à la fois symbolique, ludique et hautement stratégique. Avec Lucie, j’ai proposé une « surprise » pour la dernière séance : deux nez rouges de clown, une sortie ensemble dans un grand centre commercial,moi qui reste aux caisses, elle qui doit aller au fond du magasin m’acheter un sachet de Ferrero Rocher au lait, le tout en gardant bien le nez rouge, sans se cacher. Pendant le trajet, elle tente de masquer son nez avec la main. Rappel à l’ordre : « Ce n’est pas du tout l’exercice. »

Nous croisons quatre enfants qui lancent : « Salut le clown ! ». Lucie est au bord de la défaillance, mais elle tient, va au bout de la tâche, et revient avec les chocolats.

Que s’est-il passé, sur le plan thérapeutique ?

  • Elle a affronté le regard des autres dans un contexte volontairement absurde,

  • elle a pu expérimenter qu’on peut être visible, différente, un peu ridicule,

  • et survivre… voire en rire.

Ce rituel vient boucler la thérapie, il travaille la honte de manière concrète, et marque symboliquement un passage : « Je peux être vue autrement que comme un monstre ou une coupable ».

Ce que nous apprend Lucie sur les TOC… et sur notre manière d’aider

L’histoire de Lucie condense plusieurs enseignements importants pour la pratique :

  1. Les TOC ne sont pas « absurdes » : ils sont la partie visible d’un système de régulation qui tente de tenir une peur profonde à distance.

  2. La honte aggrave tout : plus la personne se sent jugée (par elle-même, par l’entourage, par les professionnels), plus le trouble se cristallise.

  3. L’alliance thérapeutique est un enjeu majeur : les patients TOC ont besoin de sentir que le thérapeute comprend intimement la logique de leurs rituels, même – et surtout – quand ils paraissent irrationnels.

  4. On ne soigne pas les TOC en ajoutant du contrôle au contrôle : il s’agit au contraire de déjouer les tentatives de solution dysfonctionnelles, en apprivoisant la peur et en prescrivant les rituels.

  5. La sortie de thérapie peut (et doit) être pensée : un bon bouclage, symbolique et incarné, aide à consolider le changement et à limiter les rechutes.

Ces principes s’inscrivent pleinement dans la démarche globale défendue par LACT : une clinique brève, systémique et stratégique, centrée sur la compréhension des systèmes de perception-réaction et sur l’usage ciblé de prescriptions thérapeutiques. Pour les TOC, on peut aussi se référer à la Clinique des TOCs® et des troubles anxieux, entièrement dédiée à ce trouble.

 Où se former à l’approche systémique et stratégique?

LACT propose plusieurs parcours de formation web certifiantes en direct avec 50 formateurs internationaux 

 

Formateurs internationaux

Une équipe de plus de
50 formateurs en France
et à l'international

Satisfaction étudiante

de nos étudiants satisfaits de
leur année de formation à LACT*

Partenariat internationaux

Des partenariats internationaux

Certification Qualiopi

La certification qualité a été délivrée au titre de
la catégorie d’actions suivantes : Action de formation

Formateurs internationaux

Une équipe de plus de
50 formateurs en France
et à l'international

Satisfaction étudiante

de nos étudiants satisfaits de
leur année de formation à LACT*

Partenariat internationaux

Des partenariats internationaux

Certification Qualiopi

La certification qualité a été délivrée au titre de
la catégorie d’actions suivantes : Action de formation

Choix utilisateur pour les Cookies
Nous utilisons des cookies afin de vous proposer les meilleurs services possibles. Si vous déclinez l'utilisation de ces cookies, le site web pourrait ne pas fonctionner correctement.
Tout accepter
Tout décliner
En savoir plus
Unknown
Unknown
Accepter
Décliner
Commercial
Ensemble de techniques ayant pour objet la stratégie commerciale et notamment l'étude de marché.
Google
Accepter
Décliner
Analytique
Outils utilisés pour analyser les données de navigation et mesurer l'efficacité du site internet afin de comprendre son fonctionnement.
Google Analytics
Accepter
Décliner
Functionel
Outils utilisés pour vous apporter des fonctionnalités lors de votre navigation, cela peut inclure des fonctions de réseaux sociaux.
Hotjar
Accepter
Décliner
Sauvegarder