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Emmanuelle GALLIN-BAYBARZ
Chargée de recherche, doctorante en sciences de gestion, consultante, psychologie des organisations, systémicienne, coach stratégique

Chaque siècle porte en lui un paysage intérieur particulier. Les mots choisis à certaines époques pour parler de leurs souffrances ne sont jamais fortuits : ils témoignent d’une histoire, d’une culture, d’un contexte social et d’une manière d’habiter le monde. « Je ne me reconnais plus », « J’ai peur de rater ma vie » ou encore « Je n’ai plus de goût à rien »…

Les mots des maux d’une époque : une anthropologie du langage et de la souffrance

Le langage comme reflet des maux d’une époque

 Toutes ces expressions vont bien au-delà de l’expression d’un malaise individuel. Ces phrases sont les reflets d’une époque : elles disent quelque chose de l’expérience psychique dans un contexte social donné. Ainsi, le langage intime devient un objet d’étude anthropologique, sociologique et clinique. Le langage n’est pas seulement un instrument de communication, il est le lieu où s’inscrit la souffrance, là où se rencontrent l’individu et sa culture. Catherine Kerbrat-Orecchioni (2007) souligne que les discours ne sont pas seulement constitués de mots isolés, mais d’« actants sociaux » porteurs de valeurs, de contextes et d’implicites culturels. Dans une perspective psychanalytique, les mots prononcés en thérapie ne sont pas des descriptions neutres : ils expriment des champs de tension entre le privé et le collectif (Winnicott, 1965/2005). Comprendre ces mots, c’est alors comprendre une époque. J’ai tenté à travers cet article d’explorer comment certaines expressions récurrentes en thérapie ne sont pas uniquement le reflet de l’expérience personnelle, mais expriment des transformations profondes de notre société contemporaine. Elles disent la manière dont les sujets modernes vivent le temps, l’identité, l’avenir, le sens et la relation à soi et aux autres. Ce sont « les mots des maux » de notre époque.

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Le langage intime, miroir du social

Le langage psychique ne s’épuise pas dans les frontières de l’individu. La psychanalyse a longtemps montré que l’inconscient est structuré comme le langage (Lacan, 1956/2006). Les mots que nous utilisons pour dire notre souffrance sont tissés d’éléments qui dépassent l’histoire personnelle : ils intègrent des normes culturelles, des modèles sociaux, des récits historiques et des images collectives. Analyser ces expressions revient à interroger non seulement l’individu, mais l’époque elle-même. La sociologie des émotions (Illouz (2025) témoigne que nos affects ne sont pas de simples réactions internes, mais des constructions façonnées par les structures sociales, les normes culturelles et les transformations économiques. Quand un sujet dit « Je n’ai pas le temps », il ne parle pas seulement d’un agenda chargé : il dit la place centrale de la performance, de la productivité et de l’urgence dans la société contemporaine. Pour approfondir les dimensions interactionnelles et implicites du langage, on peut aussi relier ces enjeux aux axiomes de la communication, aux dynamiques de double contrainte, ou encore au paradoxe de la spontanéité.

Les conditions historiques de la souffrance psychique

Historiquement, les sociétés n’ont pas toujours conceptualisé la souffrance de la même manière. En Égypte antique ou dans la Grèce hellénistique, les troubles psychiques étaient souvent interprétés à travers des cadres religieux ou moraux. C’est seulement à partir du XIXᵉ siècle, avec la montée de la médecine moderne et de la psychiatrie, que la souffrance psychique est devenue un objet clinique défini et nommé (Foucault, 1961/2004). Avec la révolution industrielle, l’individu moderne a commencé à se vivre comme séparé, autonome mais exposé à des forces sociales impersonnelles, et à produire un discours sur lui-même en termes d’urgence, de performance, de sens et d’identité. Ainsi, les mots que l’on entend aujourd’hui ne peuvent pas être dissociés de transformations historiques profondes : la montée de l’individualisme, la compétition économique, la valorisation de l’efficacité, la fragmentation des liens sociaux et l’omniprésence des images médiatiques. Ils racontent une époque qui valorise la réussite mais qui laisse peu de place à la vulnérabilité. Pour situer ces enjeux dans une approche clinique et systémique, voir aussi : Approche, qu’est-ce que l’école de Palo Alto, et le dialogue stratégique.

Le temps, l’urgence et le malaise moderne

Le temps et l’urgence : de la perception à la contrainte

Le rapport au temps a toujours été au cœur de la réflexion philosophique et sociale. Dès l’Antiquité, Aristote et Saint Augustin s'interrogent sur la nature du temps et sur la manière dont l’homme le perçoit et l’habite. Aristote définissait le temps comme une mesure du mouvement, intimement lié à l’action et à la perception de la durée (Aristote, IVe siècle av. J.-C./1996), tandis que Saint Augustin, dans ses Confessions, soulignait l’expérience subjective du temps, notamment la difficulté de saisir le présent, toujours fuyant entre passé et futur (Saint Augustin, 397/1999). Ces réflexions montrent que le malaise face au temps n’est pas une invention contemporaine, mais une expérience humaine constante, liée à la tension entre le rythme intérieur et le déroulement du monde. La modernité a toutefois transformé cette relation intime au temps. Avec la révolution industrielle, l’urbanisation et l’essor du travail salarié, le temps devient mesuré, cadencé et instrumentalisé. Les journées s’organisent selon des horloges et des échéances, la productivité et l’efficacité deviennent des valeurs centrales, et la perception du temps libre se raréfie. Bergson (1907/1990) distinguait alors le temps vécu, celui de la conscience et de l’expérience intérieure, du temps mesuré, objectif et mécanique. Cette disjonction crée un espace de tension où le sujet moderne se sent souvent dépassé, en retard ou fragmenté. Au XXIᵉ siècle, cette tension s’est accentuée avec l’accélération des rythmes sociaux, la multiplication des sollicitations et la culture de l’instantanéité. Rosa (2013) conceptualise cette dynamique comme l’accélération sociale, où tout (le travail, la communication, la consommation) doit aller toujours plus vite. Cette accélération ne touche pas seulement le rythme des activités, mais modifie profondément l’expérience subjective du temps et la capacité à se sentir présent. C’est dans ce contexte que des phrases comme « Je n’ai pas le temps » ou « Je vis à cent à l’heure » émergent en consultation. Elles traduisent non seulement des contraintes objectives, mais surtout une expérience psychique de fragmentation et de tension permanente, un décalage entre le rythme intérieur et celui imposé par le monde extérieur. Les cas de Jean et Claire illustrent concrètement cette expérience, où le temps n’est plus seulement un cadre neutre, mais un espace de malaise existentiel et psychique.

« Je n’ai pas le temps » : l’urgence comme structure du malaise

« Je n’ai pas le temps ». Cette phrase, presque devenue un lieu commun, n’est pas seulement une description d’un agenda chargé : elle dit une expérience du temps comme contrainte permanente. Dans la France contemporaine, de nombreuses enquêtes sociologiques montrent que la majorité des actifs déclarent ressentir une pression temporelle importante, liée à des exigences professionnelles, familiales et sociales (CNRS, 2023). Cette pression génère non seulement du stress mais aussi un effritement de la présence à soi. Dans la pratique clinique, cette phrase n’indique pas un manque de disponibilité, mais un manque d’espace psychique. Jean (prénom modifié), 42 ans, cadre dans une entreprise de technologie, répète : « Je n’ai jamais le temps, même quand je suis chez moi. Je cours d’une tâche à l’autre, et au moment de me poser, je suis déjà en train de penser à la suite. » Derrière ces mots, il y avait une fatigue profonde, un corps tendu, un souffle qui ne se relâche jamais. La sociologie du travail montre que l’accélération des rythmes de travail est corrélée à une augmentation des troubles anxieux et dépressifs (Rosa, 2013). Hartmut Rosa a analysé comment la dynamique d’accélération sociale ou l’idée que tout doit aller plus vite, y compris la vie, elle-même produit un malaise structurel. « Je n’ai pas le temps » devient alors une expression de la disjonction entre le rythme interne du sujet et le rythme imposé par la société. Sur ces problématiques, voir aussi : une vision clinique des troubles anxieux et la différence entre l’anxiété et la peur.

« Je vis à cent à l’heure » : la fragmentation du vécu

L’expression « Je vis à cent à l’heure » prolonge cette idée : elle suggère une vie vécue non pas comme un flux continu, mais comme une accumulation de moments fragmentés et pressés. Les travaux sur la charge cognitive moderne indiquent que cette fragmentation augmente le sentiment d’éparpillement et diminue la capacité à être pleinement présent (Hochschild, 2012). Claire, 35 ans, consultante indépendante, m’a partagé : « Chaque fois que je termine une tâche, j’ai l’impression d’être déjà derrière la suivante. Je n’ai plus de transition, je passe d’une urgence à l’autre sans même réaliser que je suis passée d’un moment à un autre. » Cette incapacité à vivre le présent est un symptôme de ce que les psychologues appellent la désynchronisation subjective, un décalage entre ce que vit le corps mental et ce qui est exigé par l’environnement. Ce phénomène n’est pas purement individuel : il reflète une époque où la gestion du temps est devenue un impératif moral. On ne doit pas seulement accomplir des tâches, on doit les accomplir rapidement, efficacement et sans relâche. La vitesse devient alors non seulement une norme sociale, mais une valeur existentielle. Pour relier cette expérience au fonctionnement des habitudes et tentatives de solutions, voir : guide d’intervention sur les habitudes dysfonctionnelles et les tentatives de solutions.

Identité, authenticité et perte de soi

L’identité à l’épreuve de l’époque : authenticité et aliénation

La question de l’identité n’a jamais été uniquement personnelle : elle traverse l’histoire et la philosophie comme une interrogation centrale sur ce qu’est l’homme et sur la manière dont il se rapporte à lui-même et au monde. Dès l’Antiquité, des penseurs comme Socrate ou Plotin réfléchissent à la connaissance de soi et à l’unité intérieure. Socrate proclamait que « Connais-toi toi-même » n’était pas une simple injonction morale, mais une invitation à explorer la cohérence et l’authenticité de l’âme face aux exigences extérieures (Platon, IVe siècle av. J.-C./1998). Plotin, quant à lui, soulignait que l’homme est appelé à retrouver son centre intérieur, séparé des illusions et des apparences du monde sensible (Plotin, IIIe siècle/2002). Avec l’avènement de la modernité, la question de l’identité prend de nouvelles dimensions. Les transformations économiques, sociales et culturelles (urbanisation, émergence de la société de consommation, diffusion des médias et, plus récemment, des réseaux numériques) imposent à l’individu des modèles multiples, parfois contradictoires, de réussite, de beauté, de comportement ou de style de vie. La philosophie moderne, de Descartes à Rousseau, interroge l’écart entre la connaissance de soi, le jugement des autres et la pression sociale pour performer une image idéale (Descartes, 1649/1996; Rousseau, 1762/1998). Au XXᵉ siècle, la sociologie et la psychologie approfondissent cette réflexion : Goffman (1959) conceptualise la mise en scène de soi dans les interactions sociales et Bauman (2000) décrit la modernité liquide, où les liens sociaux instables et les identités modulables exposent l’individu à une aliénation et à une fragilisation de son authenticité. La culture contemporaine, amplifiée par les réseaux numériques et les médias, accentue la comparaison constante et la pression à afficher une identité « réussie », façonnant une expérience intime où la cohérence intérieure et l’apparence extérieure sont souvent en décalage (Illouz, 2025). Dans ce contexte, des expressions telles que « Je ne me reconnais plus » ou « Tout me semble faux » ne sont pas de simples plaintes personnelles : elles traduisent la fracture entre l’identité vécue et l’identité performée, entre la réalité intérieure et les exigences sociales. Elles révèlent comment le langage intime devient un miroir de l’époque, où se jouent authenticité, aliénation et quête de sens. Les études de cas de Sophie et Antoine illustrent concrètement cette dynamique, montrant comment la thérapie peut aider à retrouver une relation plus authentique à soi et aux autres. Pour croiser ces thèmes avec des contenus connexes : mensonge et auto-illusion, narcissisme, et estime de soi et confiance en soi.

« Je ne me reconnais plus » : l’identité fragmentée

« Je ne me reconnais plus ». Ces mots, souvent exprimés avec une pointe d’étonnement et une grande vulnérabilité, disent une fracture identitaire qui dépasse la seule histoire personnelle. Ils reflètent une époque où les identités sont constamment sollicitées, modulées et mises en scène. Dans la pratique clinique, ce motif est fréquent chez les patients qui vivent une dissonance entre leur vécu intérieur et l’image qu’ils doivent présenter au monde. Le cas de Sophie, 28 ans, graphiste indépendante, illustre cette dynamique. Dans les premiers entretiens, elle décrivait un état de dissociation : « J’ai l’impression que la personne que je suis sur Instagram n’est pas celle que je ressens à l’intérieur. Je ne me reconnais plus. » Il ne s’agissait pas seulement d’une critique de l’utilisation des réseaux sociaux, mais d’une fracture entre l’authenticité vécue et l’authenticité affichée. La sociologie des émotions, notamment dans les travaux de E. Illouz (2025), montre que la culture contemporaine a transformé la manière dont les individus construisent leur identité. Les médias numériques amplifient les comparaisons sociales, créent des modèles idéalisés et imposent des normes implicites de réussite, d’apparence et de style de vie. Cette injonction à performer une identité « réussie » rend difficile la coexistence entre la vie intérieure et les images extérieures. C’est dans ce contexte que l’on comprend la perte de reconnaissance de soi : l’individu ne se reconnaît plus parce que les normes sociales qui façonnent l’image de soi ne correspondent plus à l’expérience intime du sujet. En lien avec l’image corporelle et les normes de perception, voir : la dysmorphophobie.

« Tout me semble faux » : crise de sens et aliénation

L’expression « Tout me semble faux » est une autre articulation de la crise identitaire contemporaine, mais elle renvoie davantage à une mise en question générale de la réalité sociale. Ce sentiment, parfois proche de la dépersonnalisation, dit une difficulté à discerner le réel de l’artificiel dans les interactions humaines. Dans le cas clinique d’Antoine, 43 ans, cadre dans le marketing, ces mots surgissent après des interactions professionnelles : « Quand je suis avec mes collègues, j’ai l’impression que tout est mis en scène. Les compliments, les blagues, même les discussions informelles, rien ne me semble spontané ou vrai. » Il ne parlait pas de cynisme seulement, mais d’une expérience intérieure de distanciation émotionnelle. Zygmunt Bauman (2000) a conceptualisé la modernité liquide, où les liens sociaux sont instables, les relations éphémères et les engagements fragiles. Dans ce contexte, les interactions humaines sont perçues comme peu solides, peu sincères, souvent construites sur des nécessités utilitaires plutôt que sur une authenticité partagée. L’expérience clinique montre que cette sensation de « faux » n’est pas seulement une critique sociale, mais une expérience existentielle : elle se traduit par un retrait affectif, une difficulté à investir les relations et un sentiment d’isolement intérieur. Le monde devient alors un décor, et les individus, des acteurs jouant des rôles. Pour approfondir les mécanismes relationnels et paradoxaux, voir aussi : la théorie de la double contrainte et communication humaine, connexion et déconnexion.

Anxiété anticipatoire et peur du futur

La peur du futur : une peur humaine

La peur du futur n’est pas un phénomène strictement contemporain : elle traverse l’histoire de la pensée et de la culture humaine. Dès l’Antiquité, les philosophes s'interrogent sur la manière dont l’homme se projette dans le temps et anticipe les dangers ou les échecs. Sénèque, dans ses Lettres à Lucilius, rappelait que l’angoisse naît souvent moins des événements eux-mêmes que de l’imagination de ce qui pourrait arriver (Sénèque, Ier siècle/2015). De même, les stoïciens enseignaient que l’anticipation raisonnée pouvait devenir une ressource, mais que la projection excessive dans le futur conduit à la crainte et à l’inquiétude. Dans nos sociétés contemporaines, cette peur du futur se combine avec des facteurs spécifiques : accélération des rythmes de vie, exposition permanente à l’information et aux modèles de réussite via les médias et les réseaux sociaux, ainsi qu’une compétition sociale intense. Falzon (2014) souligne que l’anxiété liée au futur est souvent amplifiée par la comparaison constante avec les autres et l’intériorisation des normes sociales, ce qui transforme la projection dans l’avenir en source quotidienne de tension et de malaise. C’est dans ce cadre que se comprennent les phrases récurrentes que l’on entend en consultation : « J’ai peur de rater ma vie », « Je crains l’avenir ». Ces mots traduisent une expérience psychique où le futur n’est pas simplement attendu mais anticipé avec inquiétude, et où la projection devient un filtre qui colore le présent d’incertitudes et de pressions. Les études de cas de Marc et Camille illustrent concrètement comment cette anxiété anticipatoire se manifeste, et comment la thérapie peut permettre de distinguer les désirs authentiques des injonctions externes, et de transformer la peur en signal de vigilance plutôt qu’en paralysie. Sur ces thèmes : différence anxiété / peur, anxiété, troubles phobiques, attaques de panique, phobies, phobies sociales.

« J’ai peur de rater ma vie » : l’angoisse du succès et de l’échec

Marc, 29 ans, ingénieur, explique : « J’ai peur de rater ma vie. Je regarde autour de moi et j’ai l’impression que tout le monde avance, sauf moi. » Ses mots traduisent l’angoisse anticipatoire, la peur de ne pas atteindre des standards de réussite perçus comme universels et absolus. Falzon (2014) souligne que l’anxiété contemporaine est largement liée à cette projection dans le futur et à la comparaison constante avec les autres. Dans la thérapie, Marc explore la distinction entre ses aspirations personnelles et les attentes externes. Peu à peu, il commence à différencier ce qu’il désire réellement de ce qu’il croit devoir atteindre pour être conforme aux normes sociales. En écho aux dynamiques de réussite éprouvante et d’effort qui se retourne contre soi : le paradoxe de la victoire épuisante.

« Je crains l’avenir » : peur diffuse et incertitude

Camille, 34 ans, professeure, exprime une inquiétude généralisée : « Je crains l’avenir. Tout ce que j’imagine semble dangereux ou compliqué. » Cette peur, sans objet précis, est typique de l’anxiété généralisée (Sik, 2020). Au fil des séances, nous explorons les sources de cette crainte : instabilité professionnelle, transformations sociales rapides, pression sociale pour réussir, et exposition aux informations anxiogènes. Camille découvre que la peur de l’avenir n’est pas un signe de faiblesse mais un signal de vigilance, un indicateur de ce qui compte pour elle dans sa vie et ce qu’elle souhaite protéger ou construire. Sur l’anxiété généralisée, le doute et l’incertitude : doute pathologique, la certitude du doute, et consultations sur le doute pathologique.

Le vide existentiel et la désaffection

Le vide existentiel et la désaffection : une expérience humaine à travers le temps

La sensation de vide et la perte de sens ne sont pas propres à notre époque, mais elles ont pris des formes spécifiques selon les contextes historiques et culturels. Déjà au cours de l’Antiquité, des philosophes comme Épicure ou Sénèque réfléchissent au mal-être lié à l’insatisfaction et à la quête de bonheur. Épicure voyait dans le plaisir réfléchi un moyen de se protéger contre les angoisses existentielles, tandis que Sénèque soulignait que la dépendance aux biens, aux honneurs et aux perceptions extérieures pouvait générer un vide intérieur et une insatisfaction durable (Épicure, IIIe siècle av. J.-C./1998; Sénèque, Ier siècle/2015). Au cours de l’histoire moderne, la philosophie existentialiste, avec des penseurs comme Kierkegaard, Heidegger ou Sartre, a décrit l’expérience du néant, de l’absurde et de la désaffection comme constitutive de l’existence humaine. Heidegger (1927/1996) montre que l’angoisse, la conscience de la finitude et la projection dans le monde révèlent la tension fondamentale entre l’être et le non-être. Cette réflexion permet de comprendre le malaise existentiel contemporain comme une expérience enracinée dans l’histoire de la pensée, mais amplifiée par les conditions sociales actuelles. La société moderne, et plus récemment la période post-pandémique, a accentué ce sentiment de vide. La surstimulation numérique, l’hyperconnexion, la compétition sociale et l’isolement relationnel ont modifié la manière dont les individus vivent le temps et les relations, et intensifié la désaffection et l’anhédonie (Illouz, 2025; Fondation de France, 2025). Dans ce contexte, des phrases comme « Je n’ai plus de goût à rien » ou « J’ai l’impression de passer à côté » traduisent non seulement une souffrance individuelle, mais un décalage entre le vécu intérieur et les attentes ou stimulations de l’environnement social. Les cas d’Élodie et Lucas illustrent cette dynamique : ils montrent comment le vide existentiel s’exprime dans la vie quotidienne et comment, à travers la thérapie, il est possible de réapprendre à se reconnecter à soi, au plaisir et au sens, en réhabilitant la dimension sensorielle et affective de l’existence. En lien avec la prévention et l’accompagnement : consultations et dépression.

« Je n’ai plus de goût à rien » : la perte de plaisir et de sens

Élodie, 24 ans, étudiante, raconte : « Depuis plusieurs mois, je ne prends plus plaisir à rien. Même les activités que j’aimais me semblent vides. » Ce témoignage illustre l’anhédonie, souvent associée à l’épuisement psychique et à la dépression fonctionnelle. Les études récentes en France confirment cette tendance : la pandémie de COVID-19 a accentué le sentiment de désaffection et d’isolement, surtout chez les jeunes adultes (Fondation de France, 2025). Élodie découvre progressivement, en thérapie, que le plaisir peut revenir par la réappropriation de petits gestes authentiques : écrire, marcher, observer la nature, créer des liens sincères.

« J’ai l’impression de passer à côté » : la vie comme spectateur

Lucas, 31 ans, développe un sentiment de décalage permanent : « Je regarde les autres vivre et j’ai l’impression d’être toujours en retard. Comme si je passais à côté de ma propre vie. » Cette expression traduit un malaise existentiel, un isolement intérieur malgré les interactions sociales. La sociologie contemporaine identifie ce phénomène comme une conséquence de l’hyperconnexion et de la comparaison sociale (Illouz, 2025). En thérapie, Lucas commence à se concentrer sur des expériences immédiates et sensorielles, redonnant progressivement du sens à sa présence dans le monde. Pour des pistes d’intervention sur les schémas répétitifs : se faire prendre dans un piège mental et procrastination.

Conclusion : vers une anthropologie du langage et du malaise contemporain

Les « mots des maux » ne sont pas de simples plaintes individuelles. Ils révèlent les tensions profondes de notre époque : l’accélération du temps, la pression sociale, la fragmentation identitaire, l’angoisse de l’avenir et le vide existentiel. Chaque expression récurrente en thérapie est un indice de la manière dont l’époque façonne l’expérience psychique. Analyser ces mots revient à observer une anthropologie de l’intime : le langage devient le lieu où se rencontrent l’histoire personnelle et les transformations collectives. Les études de cas narratives montrent que derrière chaque phrase se cache un monde de ressentis, d’expériences et de tensions sociales. Écouter ces mots, les accueillir et les comprendre permet d’appréhender non seulement le malaise individuel, mais aussi celui de notre société contemporaine. Pour prolonger ces axes via des ressources et parcours : LACT, équipe, tribune, conférences découverte, catalogue, et CGU.

Bibliographie

Aristote. (IVᵉ siècle av. J.-C./1996). Physique (J. Tricot, Trad.). Vrin. Bauman, Z. (2000). Liquid modernity. Polity Press. Bergson, H. (1907/1990). Matière et mémoire. Presses Universitaires de France. CNRS. (2023). Temps et société : enquête sur la perception de la pression temporelle en France. CNRS. https://www.cnrs.fr/fr/temps-et-societe-2023 Descartes, R. (1649/1996). Les passions de l’âme (J. Tannery, Éd.). Vrin. Épicure. (IIIᵉ siècle av. J.-C./1998). Lettres et fragments (J. Tricot, Trad.). Vrin. Falzon, P. (2014). L’anxiété contemporaine : comprendre l’inquiétude du sujet moderne. Presses Universitaires de France. Fondation de France. (2025). Le temps des solitudes : rapport annuel sur les fragilités relationnelles en France.https://www.fondationdefrance.org/images/pdf/2025/etude-solitudes-2024_fdf.pdf Goffman, E. (1959). The presentation of self in everyday life. Doubleday. Hochschild, A. R. (2012). The time bind: When work becomes home and home becomes work. Metropolitan Books. Heidegger, M. (1927/1996). Être et temps (J. N. de La Ville, Trad.). Gallimard. Illouz, E. (2025). Explosive modernité : malaise dans la vie intérieure. Gallimard. Kerbrat-Orecchioni, C. (2007). Le langage et l’analyse du discours. Armand Colin. Lacan, J. (1956/2006). Écrits (B. Fink, Trad.). Seuil. Platon. (IVᵉ siècle av. J.-C./1998). Apologie de Socrate (J. Tricot, Trad.). Vrin. Plotin. (IIIᵉ siècle/2002). Ennéades (P. Henry, Trad.). Les Belles Lettres. Rosa, H. (2013). Social acceleration: A new theory of modernity. Columbia University Press. Rousseau, J.-J. (1762/1998). Du contrat social (J. F. Gagnebin, Trad.). Gallimard. Saint Augustin. (397/1999). Confessions (J. Tricot, Trad.). Vrin. Sik, D. (2020). Networks of anxiety – From the distortions of late modern societies to the social components of anxiety.Phenomenology and Mind, 19, 45–62. Winnicott, D. W. (1965/2005). Le développement affectif et l’environnement facilitant. Gallimard.

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