La famille, premier système d'appartenance, façonne notre identité malgré ses limitations. L'approche systémique et le génogramme permettent de transformer notre histoire familiale en ressource. Les familles, considérées comme compétentes, font de leur mieux dans leur contexte pour favoriser l'autonomisation.
Cet article est basé sur les propos tenus par Marie-Christine Cabié lors de la conférence au cours du WEBINAR d’octobre 2022, disponible en vidéo sur YouTube sur le compte de LACT. Les éléments présentés ici sont extraits fidèlement de cette intervention, sans interprétation ni modification de fond.
Redécouvrir l'importance du système familial
Dans une société qui valorise de plus en plus l'individu et son autonomie, il devient paradoxalement essentiel de rappeler une vérité fondamentale : nous sommes avant tout des êtres sociaux. Notre identité, nos comportements, nos difficultés et nos ressources se construisent d'abord au sein d'un premier système d'appartenance : la famille. Cette réalité, parfois oubliée dans le culte contemporain de l'individualisme, constitue pourtant le fondement de toute approche thérapeutique systémique.
La famille représente bien plus qu'un simple regroupement d'individus liés par le sang ou le choix. Elle constitue un système complexe d'interactions, de transmissions et d'apprentissages qui façonne profondément notre manière d'être au monde. C'est dans ce premier cercle que nous apprenons à nous battre pour notre place, à créer des liens d'attachement qui influenceront toutes nos relations futures, et à développer nos propres façons de faire face aux défis de l'existence.
Le contexte familial : un lieu d'apprentissage essentiel mais contraignant
Un système que l'on ne choisit pas
Comme le chante Maxime Le Forestier dans « Être né quelque part », nous ne choisissons ni nos parents, ni notre famille, ni même le contexte géographique et social dans lequel nous apprenons à marcher. Cette réalité, loin d'être anodine, constitue ce que le modèle de Palo Alto identifie comme une limitation fondamentale de l'existence humaine.
Dans ce modèle thérapeutique, une distinction essentielle s'opère entre les problèmes, qui possèdent des solutions, et les limitations, qui n'en ont pas. Notre naissance, notre famille d'origine, notre histoire familiale appartiennent à cette seconde catégorie. Nous sommes confrontés à ces limitations dès notre venue au monde, et il nous appartient de composer avec elles tout au long de notre vie.
Cette distinction n'est pas pessimiste, bien au contraire. Elle nous invite à une forme de sagesse pratique : plutôt que de nous épuiser à vouloir changer ce qui ne peut l'être, nous pouvons apprendre à travailler avec nos limitations et à découvrir les portes qu'elles nous ouvrent. Car si toute limitation ferme certaines possibilités, elle en révèle simultanément d'autres, parfois insoupçonnées.
Les processus interactionnels et émotionnels
Les travaux de Boszormenyi-Nagy sur les loyautés invisibles ont mis en lumière les processus interactionnels complexes qui se jouent au sein des familles. Ces processus, souvent inconscients, peuvent freiner voire interdire à l'individu de poursuivre harmonieusement son développement personnel et son autonomisation. Ils créent parfois des entraves à ce que l'on pourrait appeler une interdépendance écologique réussie avec le contexte familial et social.
L'approche systémique nous enseigne qu'il est impossible de comprendre l'individu en dehors de son contexte. Nos difficultés personnelles, nos blocages, nos souffrances ne sont pas uniquement le produit de notre psychisme individuel, mais s'inscrivent dans un réseau de relations et d'interactions qui les maintiennent, les alimentent ou parfois les résolvent.
L'apport de l'épigénétique : entre héritage et transformation
Nous ne partons pas d'une feuille vierge
Les avancées récentes de l'épigénétique viennent renforcer cette vision systémique de l'être humain. Contrairement à une conception tabula rasa de la naissance, nous savons désormais que nous n'arrivons pas au monde sur une page blanche. Des traces se sont déjà inscrites, des histoires se sont déjà écrites dans notre biologie même, avant que nous ayons prononcé notre premier mot ou posé notre premier regard conscient sur le monde.
Cette découverte scientifique rejoint les intuitions cliniques des thérapeutes familiaux : nous héritons non seulement de gènes, mais aussi de patterns relationnels, de stratégies d'adaptation, de façons de voir le monde qui se transmettent à travers les générations. Cet héritage, parfois lourd à porter, constitue néanmoins le matériau avec lequel nous devons composer.
L'action dans l'ici et maintenant
Mais l'épigénétique nous enseigne également quelque chose de fondamental : si nous héritons de cet passé, nous ne sommes pas prisonniers d'un déterminisme absolu. Quelque chose s'opère dans l'ici et maintenant, dans la façon dont nous choisissons de faire avec nos difficultés et nos ressources. Nos actions présentes, nos choix, nos relations actuelles peuvent modifier l'expression de cet héritage.
Cette perspective ouvre un espace thérapeutique précieux : celui de la réinvention de soi. Non pas en niant ou en reniant notre histoire familiale, mais en la recomposant, en changeant la narration que nous en faisons, en libérant les ressources qu'elle contient malgré les difficultés qu'elle a pu générer.
Le génogramme : un outil de compréhension et de transformation
Cartographier l'histoire familiale
Parmi les outils développés par les thérapeutes familiaux, le génogramme occupe une place centrale. Initialement développé par Murray Bowen, il constitue bien plus qu'un simple arbre généalogique. Il s'agit d'une représentation visuelle et dynamique de l'histoire familiale sur au moins trois générations, mettant en évidence non seulement les liens de filiation, mais aussi la qualité des relations, les patterns d'interaction, les valeurs transmises, les dates et événements significatifs.
Le génogramme permet de visualiser les réseaux de soutien, les modalités de communication, les alliances et les conflits qui traversent une famille. Il fait apparaître les caractéristiques de chacun, les qualités reconnues, les rôles joués, les missions implicites. En somme, il offre une lecture systémique de l'histoire familiale qui dépasse largement la simple chronologie biographique.
Un retour vers le futur
La métaphore du « retour vers le futur » illustre parfaitement la dynamique à l'œuvre dans le travail du génogramme. Comme le réalisateur Robert Zemeckis, qui eut l'idée de son célèbre film en découvrant de vieux papiers de son père lui révélant un visage insoupçonné, le travail sur le génogramme permet de découvrir des aspects méconnus de notre histoire familiale et de nos proches.
Ce retour vers le passé n'est pas une simple nostalgie ou un exercice d'archiviste. Il s'agit véritablement d'un retour vers le futur, car en modifiant notre compréhension du passé, nous transformons les possibilités du présent et de l'avenir. En construisant de nouvelles narrations sur notre histoire familiale, nous ouvrons de nouveaux chemins pour notre développement personnel.
Une histoire sans fin
Le génogramme n'est jamais définitivement achevé. Il constitue une « histoire sans fin » à laquelle nous pouvons toujours revenir pour faire de nouvelles lectures, découvrir de nouvelles connexions, élaborer de nouvelles interprétations. Car si nous ne pouvons pas changer les faits eux-mêmes, nous pouvons indéfiniment transformer la lecture que nous en faisons.
Cette idée rejoint la sagesse de Descartes qui affirmait qu'il faut « tâcher de changer ses jugements plutôt que l'ordre du monde ». Face aux limitations que représente notre histoire familiale, nous disposons de cette liberté fondamentale : celle de changer notre regard, notre compréhension, notre narration.
Une co-construction thérapeutique
Le travail du génogramme ne se fait jamais seul. Il s'agit toujours d'une co-construction, que ce soit entre le stagiaire en formation et son formateur, ou entre le patient et son thérapeute. Cette dimension collaborative est essentielle car elle introduit un regard extérieur qui permet de sortir des récits figés et des interprétations répétitives.
Les présupposés du thérapeute sur la famille en général jouent un rôle important dans cette co-construction. Ce que le thérapeute choisit de souligner, d'approfondir ou au contraire de ne pas reprendre révèle sa propre vision des familles et probablement des éléments de sa propre histoire familiale. La façon dont il questionne, reformule, s'intéresse à certains aspects plutôt qu'à d'autres, témoigne de ses présupposés théoriques et personnels.
Cette transparence des présupposés n'est pas un problème, mais au contraire une richesse, à condition d'en être conscient. Elle rappelle que toute lecture d'une histoire familiale est nécessairement située, partielle, et qu'il existe toujours d'autres façons possibles de raconter et de comprendre.
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La représentation que nous avons des familles
Nous ne rencontrons pas les gens, mais nos représentations
Guillaume Sloss, thérapeute familial de renom, a formulé très tôt dans sa carrière une affirmation provocatrice mais profonde : « Nous ne rencontrons pas les gens, mais la représentation que l'on se fait d'eux ». Cette phrase nous invite à une forme d'humilité thérapeutique essentielle. Elle nous rappelle que nos perceptions des patients et de leurs familles sont toujours filtrées par nos propres cadres de référence, nos expériences, nos croyances.
Pour Sloss, cette prise de conscience a nécessité un véritable travail sur lui-même : il a dû changer la représentation qu'il se faisait des parents et de la famille pour avoir véritablement envie de les rencontrer. Ce travail personnel du thérapeute constitue un préalable indispensable à toute intervention efficace auprès des familles.
Le concept de compétence des familles
Sloss est notamment connu pour avoir développé, bien avant de nombreux autres thérapeutes familiaux, le concept de « compétence des familles ». Plutôt que de considérer les familles comme dysfonctionnelles, pathologiques ou défaillantes, il a choisi de les voir comme compétentes et expertes de leur propre situation.
Cette posture radicalement différente change complètement la dynamique thérapeutique. Au lieu de se positionner comme l'expert qui va « réparer » une famille cassée, le thérapeute reconnaît que les parents sont les spécialistes de leur enfant, que la famille possède en elle-même les ressources nécessaires pour faire face à ses difficultés. Le thérapeute peut alors dire avec sincérité : « J'ai besoin de vous pour faire mon travail ».
Les familles font de leur mieux
Cette vision des familles comme compétentes conduit à un principe thérapeutique fondamental : les familles font de leur mieux dans le contexte dans lequel elles se trouvent, avec leurs ressources et leurs limitations. Cette affirmation n'est pas une forme de complaisance ou de déresponsabilisation. Elle constitue au contraire un point de départ réaliste et respectueux pour tout travail thérapeutique.
Reconnaître que les familles font de leur mieux ne signifie pas que tout ce qu'elles font est parfait ou adapté. Cela signifie que, compte tenu de leur histoire, de leurs limitations, de leurs ressources disponibles et du contexte dans lequel elles évoluent, elles déploient les stratégies qu'elles connaissent. Le rôle du thérapeute devient alors de les aider à élargir leur répertoire de stratégies, à découvrir de nouvelles ressources, à modifier le contexte quand c'est possible.
Travailler avec les familles : de l'échange d'informations à l'alliance thérapeutique
La confusion autour du « travail avec les familles »
Dans le champ de la santé mentale et du travail social, il est désormais communément admis qu'il faut « travailler avec les familles ». Cependant, cette expression recouvre des réalités très différentes, voire parfois contradictoires. Trop souvent encore, ce travail se limite à un simple échange d'informations : le professionnel informe la famille de la situation du patient, recueille quelques renseignements, et s'arrête là.
Cette confusion est problématique car elle masque ce qui constitue le véritable travail avec les familles : la construction d'une alliance thérapeutique authentique. Il ne s'agit pas simplement d'impliquer les familles de manière formelle ou administrative, mais de les reconnaître comme de véritables partenaires du processus thérapeutique.
Le travail en psychiatrie publique
L'expérience de la pratique en secteur de psychiatrie publique illustre parfaitement cette distinction. Initialement, on pourrait penser que l'hospitalisation d'un patient constitue une opportunité idéale pour travailler sur la crise familiale et mener des thérapies familiales. La réalité clinique est souvent plus complexe.
Dans de nombreux cas, les familles arrivent épuisées, culpabilisées, souvent stigmatisées par le système de soin lui-même. Elles ont développé une méfiance compréhensible envers les professionnels qui, consciemment ou non, les ont parfois accusées d'être à l'origine des difficultés de leur proche. Construire une véritable alliance thérapeutique avec ces familles demande du temps, de la patience, et surtout un changement radical de posture.
Au-delà de la thérapie familiale classique
Le travail avec les familles en psychiatrie ne peut pas simplement reproduire les modalités de la thérapie familiale telle qu'elle se pratique dans un centre de consultation spécialisé. Il s'agit d'abord et avant tout de construire une affiliation, un lien de confiance, une reconnaissance mutuelle. Même si l'on utilise les mêmes outils conceptuels et techniques qu'en thérapie familiale, le cadre, les objectifs et les processus diffèrent sensiblement.
Parfois, il faut beaucoup de temps simplement pour arriver à une réelle affiliation avec ces familles qui, comme le dit Sloss, sont des « écorchés de la vie ». Ces familles ont souvent vécu des parcours difficiles, des ruptures, des abandons, des violences. Elles portent les stigmates de leurs souffrances et de leurs échecs. Prétendre les « traiter » sans d'abord les comprendre et les respecter dans leur complexité serait non seulement inefficace, mais aussi éthiquement discutable.
L'approche systémique stratégique : un cadre pour comprendre et intervenir
Les principes fondamentaux
L'approche systémique stratégique, souvent associée au modèle de Palo Alto, offre un cadre théorique et pratique particulièrement pertinent pour le travail avec les familles. Cette approche repose sur plusieurs principes fondamentaux qui transforment radicalement notre façon d'envisager les problèmes humains.
Premièrement, elle considère que les problèmes se maintiennent non pas en raison de leurs causes profondes, mais à cause des tentatives de solution mises en œuvre pour les résoudre. Ces « solutions » deviennent souvent le véritable problème, créant un cercle vicieux dont il est difficile de sortir.
Deuxièmement, l'approche systémique nous rappelle qu'il n'y a pas qu'une seule et unique façon d'arriver à un résultat. Cette multiplicité des chemins possibles nous libère du dogmatisme thérapeutique et nous invite à adapter nos interventions aux spécificités de chaque situation.
L'importance du contexte
L'approche systémique insiste particulièrement sur l'importance du contexte dans la compréhension et le traitement des difficultés humaines. Un comportement ne peut être compris isolément, mais doit être replacé dans le système d'interactions qui lui donne sens. Ce qui apparaît comme un symptôme individuel révèle souvent un dysfonctionnement du système familial dans son ensemble.
Cette vision contextuelle nous invite à élargir constamment notre regard. Plutôt que de nous focaliser uniquement sur l'individu « désigné malade » (le patient identifié), nous devons examiner les patterns d'interaction familiale, les règles implicites qui gouvernent le système, les croyances partagées, les modalités de communication, les alliances et les coalitions.
La sensibilité aux différences
Un élément essentiel de l'approche systémique consiste à rester vigilant pour ne pas s'enfermer dans une lecture dogmatique unique. Les différentes écoles de thérapie familiale, les différentes sensibilités théoriques ne sont pas nécessairement contradictoires, mais peuvent s'enrichir mutuellement. Ces « différences qui font une différence » nous permettent d'affiner nos interventions et d'adapter notre pratique.
Cette ouverture ne signifie pas un relativisme thérapeutique où tout se vaudrait, mais plutôt une forme de pragmatisme éclairé. Il s'agit de puiser dans différentes traditions théoriques et techniques les outils les plus pertinents pour chaque situation particulière, sans perdre de vue la cohérence d'ensemble de notre démarche.
La formation à l'approche systémique
Un parcours progressif
La formation à l'approche systémique stratégique s'organise généralement selon un parcours progressif qui tient compte à la fois du niveau académique initial et de l'expérience clinique des participants. Ce parcours peut commencer par un niveau de fondement en systémie générale, permettre des spécialisations (comme le management de la relation), et conduire jusqu'à des diplômes universitaires de clinique de la relation et d'intervention stratégique.
Cette progressivité pédagogique reconnaît que la maîtrise de l'approche systémique ne peut se faire en quelques jours ou quelques mois. Elle nécessite un véritable processus de transformation personnelle et professionnelle, où les connaissances théoriques doivent s'incarner dans une pratique supervisée et régulièrement questionnée.
L'importance du travail personnel
Un élément central de toute formation en thérapie familiale systémique consiste dans le travail sur son propre génogramme. Cette exploration de sa propre histoire familiale n'est pas un simple exercice académique, mais une expérience profondément transformative. Elle permet au futur thérapeute de comprendre de l'intérieur ce qu'il demandera ensuite à ses patients, d'identifier ses propres zones aveugles, de prendre conscience de ses présupposés.
Ce travail personnel peut susciter des émotions intenses, parfois douloureuses. Il confronte à des aspects de notre histoire que nous avions peut-être préféré oublier ou minimiser. Mais c'est précisément dans cette confrontation que se trouve l'apprentissage le plus précieux : celui de la vulnérabilité assumée, de l'humilité face à la complexité des histoires familiales, de l'empathie pour ceux qui entreprennent ce même voyage difficile.
La complémentarité avec d'autres approches
La formation en systémie peut se compléter utilement avec d'autres approches, notamment l'hypnose conversationnelle. Cette ouverture à différentes modalités thérapeutiques enrichit la pratique clinique et permet de mobiliser un répertoire plus large d'interventions. L'essentiel reste de maintenir une cohérence épistémologique et de ne pas tomber dans un éclectisme superficiel qui empilerait les techniques sans vision d'ensemble.
Vers une réinvention de soi et de sa famille
Mettre à profit le capital familial
L'objectif ultime du travail systémique avec les familles consiste à permettre à chacun de se réinventer tout en mettant à profit ce que l'on pourrait appeler le « capital familial ». Ce capital, constitué des ressources, des valeurs, des compétences transmises à travers les générations, ne doit pas être simplement rejeté au prétexte qu'il s'accompagne de difficultés ou de souffrances.
Il s'agit plutôt d'opérer un tri intelligent : conserver ce qui nous nourrit, transformer ce qui nous étouffe, créer de nouvelles narrations qui intègrent le passé sans en être prisonnières. Cette réinvention n'est jamais un reniement, mais une appropriation créative de notre héritage.
L'autonomisation et l'interdépendance
Le processus d'autonomisation, souvent présenté comme un objectif thérapeutique majeur, ne signifie pas devenir indépendant au sens d'une autosuffisance totale. Il s'agit plutôt de développer une interdépendance écologique réussie, où l'individu peut maintenir des liens affectifs et relationnels tout en préservant sa différenciation.
Cette vision de l'autonomie comme interdépendance nous rappelle que nous restons toujours, d'une certaine manière, liés à notre famille d'origine. Ces liens ne sont pas nécessairement des chaînes, mais peuvent devenir des ressources si nous parvenons à les transformer. L'enjeu thérapeutique consiste précisément à aider les personnes à passer de liens aliénants à des liens nourrissants.
Libérer les ressources
Les avancées de l'épigénétique nous invitent à repenser notre histoire pour composer avec cet héritage et libérer les ressources qu'il contient. Cette libération passe par un travail de narration et de re-narration. En changeant la façon dont nous racontons notre histoire familiale, nous modifions les possibilités qui s'offrent à nous dans le présent.
Ce travail narratif n'est pas une forme de révisionnisme où l'on réécririat le passé selon nos désirs. Il s'agit plutôt de reconnaître que tout événement, toute histoire peut être racontée de multiples façons, et que chaque narration ouvre ou ferme certaines possibilités. Choisir consciemment nos narrations constitue un acte de liberté et de responsabilité.
Conclusion : ma chère famille
Le titre « Ma chère famille » résonne avec une ambivalence fondamentale. Nos familles nous sont chères au double sens du terme : elles nous sont précieuses, sources d'amour et d'apprentissages essentiels, et elles nous coûtent cher, exigeant parfois de nous des sacrifices et des renoncements douloureux.
Cette ambivalence n'est pas un problème à résoudre, mais une réalité à accepter et avec laquelle composer. Nos familles sont à la fois notre plus grande ressource et notre plus grande limitation. Elles nous ont construits et parfois meurtris. Elles nous ont transmis des richesses et des fardeaux. Elles nous ont ouvert certaines portes et en ont fermé d'autres.
L'approche systémique nous offre des outils pour naviguer dans cette complexité sans tomber dans les simplifications. Elle nous permet de reconnaître la souffrance sans nous y enliser, de valoriser les ressources sans nier les difficultés, de transformer les patterns dysfonctionnels sans condamner les personnes.
Au terme de ce parcours, une conviction s'impose : le travail avec les familles, qu'il prenne la forme d'une thérapie familiale classique ou d'interventions plus modestes visant simplement à construire une alliance, constitue l'une des approches thérapeutiques les plus prometteuses pour aider les personnes à se développer harmonieusement. Car c'est en comprenant d'où nous venons que nous pouvons choisir plus librement où nous allons.
Nos familles font de leur mieux, et nous aussi. Cette reconnaissance mutuelle ouvre un espace de compassion et de transformation où chacun peut trouver sa place, développer son autonomie tout en restant relié, se différencier sans se couper, se réinventer sans se renier. C'est dans cet espace que se joue la vraie magie du travail systémique : permettre à chacun de devenir pleinement lui-même, au sein et grâce à ce premier système d'appartenance qu'est la famille.
Où se former à l’approche systémique et stratégique?
LACT propose plusieurs parcours de formation web certifiantes en direct avec 50 formateurs internationaux
- Formation systémique généraliste
- DU clinique de la relation avec l‘université de Paris 8
- Mastere clinique avec spécialisation en psychopathologie avec le CTS du Pr Nardone
