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  • Diplômé de carcinologie clinique, le docteur Jean-Lionel Bagot est spécialisé dans les soins d'accompagnement en cancérologie. Précurseur dans ce domaine, il a fondé en 2006, la première consultation homéopathique de soins de support en milieu hospitalier. Les conseils nutritionnels et d'hygiène de vie, l’homéopathie et l’acupuncture, font partie des prises en charge qu'il propose pour accompagner les traitements du cancer.

    Il est l’auteur du guide pratique : « cancer et homéopathie : rester en forme et mieux supporter les traitements » aux éditions Unimedica.

    Il est Président de la Société Homéopathique Internationale de Soins de Support en Cancérologie (SHISSO) www.shisso-infos.com

    Chargé de cours à la faculté de médecine et de pharmacie, il est responsable du diplôme universitaire d'homéopathie de l'université de Strasbourg.

    Maître de stage des universités, il est accompagné dans ses consultations par un interne en médecine.

    Il exerce en cabinet libéral 5, place des Halles à Strasbourg, en début de semaine ainsi qu'à l'hôpital de jour de soins intégratifs de la clinique de la Toussaint le vendredi. Il est également le correspondant homéopathique de l'Institut Rafael à Paris.

Jean-Lionel Bagot, pionnier de l'oncologie intégrative, défend une médecine qui articule approches conventionnelles, complémentaires et self-care autour du patient. À travers l'hôpital de jour de Strasbourg, il démontre qu'humanité, écoute et bienveillance ne sont pas des options — elles sont le soin.

quand soigner ne suffit plus

Cet article est basé sur les propos tenus par Jean Noel BAGOT lors de la conférence ISIS du 12 decembre 2025 , disponible en vidéo sur YouTube sur le compte de LACT. Les éléments présentés ici sont extraits fidèles de cette intervention, sans interprétation ni modification de fond.

Introduction : quand soigner ne suffit plus

-Il existe dans la médecine conventionnelle une forme de paradoxe silencieux. On guérit de mieux en mieux — les taux de survie progressent, les protocoles se raffinent, les molécules se précisent — et pourtant, quelque chose manque. Les patients survivent parfois à leur cancer, mais vivent souvent à côté de leur vie. Épuisés, isolés, traversés par une anxiété permanente, privés parfois de la capacité de manger, de dormir, de bouger sans douleur. La médecine a traité la tumeur. Elle n'a pas toujours su soigner la personne.

C'est à cette réalité que répond Jean-Lionel Bagot, médecin pionnier de la médecine intégrative en France, lors d'une conférence où il retrace à la fois l'histoire d'une vision et l'expérience concrète d'une pratique. Avec une clarté désarmante et une chaleur communicative, il décrit ce que peut être un soin véritablement centré sur le patient — non pas en opposant la médecine conventionnelle aux médecines complémentaires, mais en les articulant, en les faisant dialoguer, autour d'un être humain singulier qui a besoin, pour guérir ou pour vivre bien avec sa maladie, de bien plus qu'une ordonnance.

Qu'est-ce que la médecine intégrative ? Une définition en trois cercles

Jean-Lionel Bagot commence par une image simple, presque évidente une fois énoncée. La médecine intégrative, ce n'est pas la médecine complémentaire. Ce n'est pas non plus la médecine conventionnelle seule. C'est leur rencontre — enrichie d'un troisième élément que l'on oublie souvent : le patient lui-même.

Il décrit trois cercles qui se recoupent. Le premier est celui de la médecine conventionnelle — chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, immunothérapie, tous les outils que la science médicale moderne a développés avec rigueur et efficacité. Le deuxième est celui des médecines complémentaires — homéopathie, acupuncture, ostéopathie, aromathérapie, réflexologie, art-thérapie, hypnose, méditation pleine conscience. Le troisième, trop longtemps ignoré, est celui du self-care — l'ensemble des pratiques par lesquelles le patient prend soin de lui-même : son alimentation, son activité physique, sa vie sociale et affective, sa dimension spirituelle, son sommeil.

La jonction de ces trois cercles, c'est cela, la santé intégrative. Non pas la coexistence de plusieurs approches, mais leur intégration réelle, coordonnée, centrée sur une personne unique avec son histoire, ses croyances, ses peurs et ses ressources.

Cette définition, publiée en 2021 avec le professeur Alain Toledano, repose sur un principe que Bagot ne cesse de répéter au fil de la conférence : ce qui fait qu'un acte de soin devient intégratif, ce n'est pas sa nature, c'est le fait qu'il est centré sur une personne. On peut faire de l'acupuncture, de l'homéopathie ou de la méditation en dehors de toute approche intégrative. Ce qui fait la différence, c'est l'intention : tenir compte de cette personne-là, dans sa globalité, à ce moment précis de sa vie.

La médecine du mode de vie : six piliers pour se remettre aux commandes

Avant même de parler de thérapies complémentaires, Bagot s'arrête longuement sur un concept encore peu connu en France mais fondamental dans la vision intégrative : la médecine du mode de vie. Ce concept, d'origine américaine, repose sur six piliers qui constituent autant de leviers sur lesquels chaque être humain peut agir pour sa santé — et pas seulement les patients atteints de cancer.

L'alimentation est le premier pilier. Bagot la décrit avec enthousiasme — lui qui manifeste visiblement un plaisir de vivre communicatif — comme une alimentation basée sur les plantes, peu transformée, préparée chez soi avec des produits naturels et si possible biologiques. Pas nécessairement végétarienne, mais orientée vers les fruits, légumes et légumineuses. Et surtout, une alimentation qui doit rester un plaisir. C'est le principe du enjoy américain qu'il traduit librement : si vous ne prenez pas plaisir à bien manger, vous n'y resterez pas. L'objectif n'est pas la privation, c'est la richesse retrouvée d'une cuisine saine et savoureuse.

L'activité physique constitue le deuxième pilier. Quotidienne, adaptée à chacun — une demi-heure de sport pour les sportifs, cinq à six mille pas par jour pour les autres — elle doit, là encore, être choisie en fonction de ce que la personne aime faire. "Qu'est-ce que vous aimez faire ?" est l'une des premières questions que Bagot pose à ses patients. Ce n'est pas une question anodine : elle signifie que le soignant ne prescrit pas une activité, il aide le patient à retrouver un mouvement qui lui appartient.

La gestion du stress occupe le troisième pilier. Bagot prend soin de préciser que l'objectif n'est pas l'absence de stress — qui est à la fois impossible et non souhaitable. Des petits stress réguliers bien gérés protègent, selon des études, du cancer. Ce qui aggrave la maladie, ce sont les stress mal vécus, intériorisés, non digérés. La question n'est donc pas comment éviter le stress, mais comment je vis avec lui, comment je le traverse.

La vie sociale et affective forme le quatrième pilier. Bagot cite la formule américaine love more, en prenant soin de la sortir de toute connotation réductrice : c'est la vie relationnelle au sens large, la qualité des liens, le sentiment d'appartenir à quelque chose et à quelqu'un. Les données épidémiologiques sont sans appel : l'isolement social diminue l'espérance de vie de dix ans. Ce n'est pas une métaphore, c'est un fait clinique. Prendre soin du lien, c'est prendre soin de la santé.

Le sommeil est le cinquième pilier. Régulier, de qualité, dans un environnement apaisé — sans écrans avant le coucher, dans une pièce sombre et calme. C'est pendant le sommeil que se sécrète la mélatonine, que se régénèrent les tissus, que le système immunitaire consolide ses défenses. Soigner le sommeil, c'est soigner le corps dans sa globalité.

L'absence de substances toxiques forme enfin le sixième pilier — tabac, alcool, drogues, et plus généralement les médicaments non indispensables. Bagot évoque avec sobriété la tendance à la surmédication, les interactions possibles, les effets secondaires cumulés. L'objectif est d'alléger, de simplifier, de restituer au corps sa propre capacité de régulation.

Pour résumer ces six piliers, Bagot reprend la formule américaine condensée : eat well, move more, stress less, love more. Quatre impératifs simples qui disent, au fond, que la santé n'est pas uniquement l'affaire des médecins. Elle est aussi — et peut-être d'abord — l'affaire de chacun.

Il propose à son auditoire un exercice de réflexion : se noter de zéro à dix sur chacun de ces six axes. Et lorsqu'on identifie un point très bas, son conseil est contre-intuitif : ne pas l'attaquer de front. Si quelqu'un a du mal à gérer son stress, commençons par améliorer son sommeil, son alimentation, son activité physique. En renforçant les autres piliers, le point faible se consolide souvent de lui-même. C'est là une pensée systémique en acte : agir sur le système plutôt que sur le symptôme isolé.

Les médecines complémentaires : ce que disent les chiffres

Bagot s'appuie sur des données issues d'une étude publiée en 2019 portant sur 535 patients cancéreux interrogés à Strasbourg. Près de la moitié d'entre eux — 47% — utilisaient des médecines complémentaires. Ce chiffre avait presque doublé en douze ans, comparé à une étude identique réalisée en 2007 où le taux était de 27%. La progression est nette, continue, et dit quelque chose d'essentiel : les patients cherchent autre chose. Ils ne rejettent pas la médecine conventionnelle — dans cette étude, aucun n'était en situation de refus de soins — mais ils la complètent, ils la prolongent, ils cherchent dans d'autres approches ce qu'elle ne leur donne pas entièrement.

Parmi les thérapies les plus utilisées dans cette étude, l'homéopathie arrivait en tête avec 31% des patients, suivie par d'autres approches comme la phytothérapie, la réflexologie ou la sophrologie. Le taux de satisfaction global était remarquable : seuls 2,7% des patients déclaraient que les médecines complémentaires ne leur avaient apporté aucun bénéfice.

Les symptômes pour lesquels les patients ont exprimé le plus de soulagement sont révélateurs : la fatigue en première position — symptôme numéro un en oncologie pour lequel la médecine conventionnelle ne dispose d'aucun traitement spécifique — suivie de la douleur, des nausées et de l'anxiété. A contrario, certains symptômes comme les neuropathies chimio-induites sévères, la prise de poids liée à l'hormonothérapie ou les troubles de la libido restaient difficiles à prendre en charge par les approches complémentaires. Ce n'est pas un aveu de faiblesse — c'est une honnêteté scientifique qui permet d'orienter les recherches futures.

Ce que Bagot retient surtout de ces données, c'est la nécessité du dialogue. Dans l'étude strasbourgeoise, les oncologues avaient été informés de l'utilisation des médecines complémentaires par leurs patients — contrairement à ce qu'on observe souvent dans les études américaines. Ce dialogue entre médecine conventionnelle et approches complémentaires n'est pas accessoire : il est la condition de la sécurité et de la cohérence du parcours de soins.

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L'hôpital de jour de soins intégratifs : quand la vision devient pratique

En 2019, Jean-Lionel Bagot et son équipe ont créé à la clinique de la Toussaint à Strasbourg le premier hôpital de jour de soins intégratifs en oncologie de France. Six ans plus tard, cette expérience pionnière continue de se développer et constitue l'illustration la plus concrète et la plus émouvante de ce que peut être la médecine intégrative lorsqu'elle cesse d'être une théorie pour devenir une pratique quotidienne.

La clinique est implantée en plein cœur de Strasbourg, à deux cents mètres de la cathédrale, dans un ancien bâtiment religieux entouré d'un grand parc. Ce cadre n'est pas neutre : dès l'arrivée, les patients entrent dans un espace qui respire autrement que les couloirs aseptisés des services hospitaliers classiques. Le parc, la chapelle, les arbres — tout contribue à ce que Bagot appelle, sans emphase, un environnement qui soigne déjà.

La journée vue de l'intérieur

La journée commence à 8h30, avant l'arrivée des patients, par une réunion de l'équipe soignante. Cette réunion n'est pas administrative — elle est clinique et humaine. On y parle des patients qui vont arriver, de ce que l'on sait de leur état, de ce qui s'est passé lors de la séance précédente, de ce à quoi il faudra être attentif. Cette pratique de la parole collective avant même que le soin commence est, en soi, une posture intégrative : elle signifie que chaque soignant porte une connaissance partielle, que la vision globale n'appartient à personne en particulier et qu'elle se construit dans l'échange.

Les patients arrivent à 9h00 et sont accueillis autour d'un café. Cette simplicité est intentionnelle. L'infirmière d'accueil, dont Bagot dit avec un sourire que "dès qu'on la voit, on va déjà mieux", est le premier soin. Le sourire, la présence, l'attention — avant toute technique, avant toute prescription.

Pour les nouveaux patients, on établit un parcours de soins personnalisé, ce qui signifie que rien n'est standard. On tient compte des convictions du patient, de ses réticences, de ses préférences, de ses croyances culturelles. Quelqu'un qui ne croit pas à l'homéopathie n'en recevra pas. Quelqu'un qui a peur des aiguilles ne sera pas orienté vers l'acupuncture. Le parcours est co-construit avec le patient, validé lors d'une consultation médicale et ajusté en permanence au fil de la journée.

Un écosystème de soins

Ce qui frappe dans la description de cet hôpital de jour, c'est la diversité des approches et la fluidité avec laquelle elles coexistent. La journée d'un patient peut inclure une consultation homéopathique individualisée — fondée sur le principe de similitude, c'est-à-dire la recherche du remède qui correspond à l'ensemble des symptômes de cette personne-là — suivie d'une séance d'acupuncture ciblée sur la fatigue ou les douleurs neuropathiques, puis d'une session de réalité virtuelle pour une forme d'hypnose légère, d'un soin socio-esthétique, d'une séance d'art-thérapie ou de yoga médical sur chaise.

Chaque praticien apporte sa pièce du puzzle. Bagot use volontiers de cette métaphore : dans un puzzle de mille pièces, s'il en manque une, l'image est incomplète. Personne ne détient la totalité du pouvoir thérapeutique. L'infirmière, le médecin homéopathe, l'ostéopathe, la socio-esthéticienne, la psychologue, la diététicienne, l'art-thérapeute — tous sont également essentiels, et c'est leur complémentarité qui crée quelque chose qu'aucun d'eux ne pourrait produire seul.

Un élément retient particulièrement l'attention : la socio-esthéticienne. Son rôle pourrait sembler périphérique dans un contexte oncologique. Il s'avère central. Parce qu'elle n'est pas là pour soigner — elle est là pour embellir, pour toucher, pour prendre soin du corps dans sa dimension esthétique et affective — elle établit avec les patients un lien d'une qualité particulière. Les patients lui disent des choses qu'ils ne disent à personne d'autre. Et c'est souvent elle qui alerte l'équipe : "Attention, ce patient ne va pas bien". Bagot parle de son regard clinique absolument incroyable — une formule qui, dans sa bouche, n'est pas une métaphore mais un constat médical.

Le repas partagé : un soin qui n'en a pas l'air

À midi, tous les soins s'arrêtent. Patients et soignants se retrouvent à table pour un repas partagé. Ce moment, que Bagot décrit avec une émotion palpable, est peut-être le plus révolutionnaire de toute la journée — précisément parce qu'il ne ressemble en rien à un acte médical.

Manger ensemble, dans la culture occidentale, est un acte fondateur de lien social. En oncologie, cette dimension est doublement précieuse : les patients atteints de cancer sont souvent isolés, leur rapport au corps et à la nourriture est perturbé par les traitements, leur quotidien s'est rétréci. Se retrouver autour d'une table, ne pas parler de sa maladie, partager des anecdotes, rire — ou parfois pleurer ensemble — c'est, selon les termes de l'étude qualitative publiée par Bagot et ses collègues, une normalisation du quotidien. Ils sont de nouveau comme tout le monde, malgré la maladie.

Bagot insiste sur la présence d'un soignant pendant ce repas — non pour surveiller, mais pour tenir l'espace. Cinq patients atteints de cancer autour d'une table, sans présence soignante, peuvent basculer dans une spirale de souffrance partagée. La présence bienveillante d'un professionnel formé à cela maintient l'équilibre entre l'authenticité des échanges et la sécurité émotionnelle du groupe.

À midi également, et chaque jour sans exception, toute l'équipe — soignants et patients ensemble — pratique vingt minutes de méditation de pleine conscience. Ce rituel est, pour Bagot, fondamental : "L'intégratif, c'est aussi la bonne santé des soignants. On ne peutewxvb := pas soigner quelqu'un si on n'est pas bien." Cette phrase dit tout d'une éthique du soin qui ne sépare pas celui qui soigne de celui qui est soigné, qui reconnaît que le prendre soin circule dans les deux sens.

Ce que les patients disent : l'étude qualitative

Pour évaluer ce qu'ils construisent, l'équipe de la clinique de la Toussaint ne se contente pas de mesurer des indicateurs cliniques. Elle interroge les patients, analyse leurs témoignages, tente de comprendre ce qui se passe vraiment au-delà des chiffres.

Une vingtaine de patients ont été interrogés dans le cadre d'une étude qualitative sur leur vécu des journées de soins intégratifs. Les résultats, résumés dans une analyse arborescente, convergent vers trois mots : humanité, écoute, bienveillance.

Bagot s'arrête sur ces trois mots avec une gravité douce. "Ça a l'air extrêmement basique, ça a l'air extrêmement simple, mais il suffit de le mettre en œuvre." Il ne s'agit pas d'une technique, d'un protocole, d'une formation spécialisée. Il s'agit d'une posture fondamentale face à l'autre — être réellement présent, recevoir ce que le patient apporte, même quand c'est imparfait ou irrationnel, et le lui remettre avec soin.

Il dit aussi cette chose importante : "Un patient qui dit quelque chose, même s'il dit une grosse bêtise, on va l'écouter. Tout doucement, il va se rendre compte qu'il est en train de dire une bêtise. Mais il faut qu'il soit en confiance, sinon il ne nous dira pas les bêtises qu'il fait." C'est une formule qui contient toute une philosophie thérapeutique : la confiance précède le changement. On ne corrige pas avant d'avoir accueilli.

L'étude sur la consultation homéopathique elle-même a mis en évidence des dimensions similaires : l'écoute attentive et apaisante, un espace où l'on peut s'exprimer dans la confiance, une approche centrée sur la personne dans sa globalité. Les patients ont unanimement compris la prescription homéopathique comme complémentaire et non alternative aux traitements conventionnels — ce qui témoigne d'une pédagogie soignante réussie.

Quant à l'étude sur le repas thérapeutique — première du genre en oncologie mondiale, selon Bagot — elle a confirmé ce que l'intuition clinique laissait pressentir : les moments de convivialité favorisent le bien-être, le rire, la normalisation de l'existence. Ils renforcent les liens sociaux, brisent l'isolement et, pour les proches et aidants, offrent un répit précieux — celui de voir revenir à la maison quelqu'un qui sourit.

L'équipe soignante : prendre soin de ceux qui soignent

Un aspect souvent négligé dans la réflexion sur le soin intégratif est celui de la santé des soignants eux-mêmes. Bagot y accorde une attention particulière, et ce n'est pas une générosité accessoire : c'est une conviction clinique. Un soignant épuisé, isolé dans sa propre souffrance, ne peut pas offrir la qualité de présence que nécessite une approche intégrative.

L'équipe de la clinique de la Toussaint bénéficie d'un dispositif de supervision mensuelle sous forme de groupe Balint — un espace de parole collectif, animé par un psychologue extérieur au service, où les soignants peuvent partager leurs difficultés, leurs émotions, les situations qui les ont touchés ou déstabilisés. Bagot mentionne ce dispositif avec gratitude envers le groupe hospitalier Saint-Vincent qui l'a financé, signalant que ce type de soutien institutionnel à la santé des soignants reste encore trop rare.

Le résultat est tangible : un taux d'absentéisme très faible, un taux de renouvellement du personnel minimal, une équipe qui "veut rester dans le service". Ces indicateurs ne sont pas anecdotiques. Ils disent que quelque chose fonctionne — non seulement pour les patients, mais aussi pour les professionnels qui les accompagnent.

La pluridisciplinarité comme éthique

Au fil de la conférence, une conviction traverse en filigrane tous les propos de Jean-Lionel Bagot : aucun soignant ne peut prétendre, seul, à la totalité du soin. Cette humilité n'est pas une faiblesse — c'est le fondement même de l'approche intégrative.

La pluridisciplinarité ne consiste pas à additionner des intervenants autour d'un patient. Elle implique une coordination réelle, un dialogue continu, une reconnaissance mutuelle des compétences et des limites de chacun. Elle suppose que le médecin accepte que la socio-esthéticienne voie ce qu'il ne voit pas. Que l'infirmière apporte une lecture que le médecin n'aurait pas. Que le patient lui-même soit un acteur de son propre soin, et non un objet passif de protocoles.

Cette vision de la transversalité des soins rejoint, sans qu'il le nomme explicitement, les principes de la pensée systémique : le tout est plus que la somme des parties, les interactions entre les éléments d'un système produisent des effets qu'aucun élément seul ne pourrait générer.

Conclusion : vers une seule médecine

Jean-Lionel Bagot conclut sa conférence par une image qui ressemble à un horizon : celle d'une médecine unifiée, qui aurait fusionné le meilleur des approches conventionnelles et complémentaires, pratiquée par tous les soignants avec la même intention de soigner la personne entière. "J'espère voir cette image avant de mourir", dit-il simplement.

Cette phrase dit quelque chose d'important sur l'état d'avancement de ce projet. La médecine intégrative n'est pas encore un standard. Elle est encore pionnière, encore en train de prouver, encore en train de former, encore en train de publier pour convaincre. Le chemin est long.

Mais à Strasbourg, dans ce parc à deux cents mètres de la cathédrale, quelque chose existe déjà. Des patients atteints de cancer qui mangent à table avec leurs soignants. Une socio-esthéticienne qui détecte la détresse que le médecin n'a pas vue. Une équipe qui médite vingt minutes ensemble à midi. Des consultations homéopathiques où l'on examine, où l'on écoute, où l'on cherche le remède qui correspond à cette personne-là et à nulle autre.

Humanité. Écoute. Bienveillance.

Trois mots simples qui contiennent, peut-être, tout ce que la médecine a parfois oublié — et qu'une poignée de soignants s'emploient, chaque mercredi et chaque vendredi à Strasbourg, à remettre au cœur du soin.

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