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Serge Aurier traite Laurent Blanc de "fiotte" : pourquoi insulter son boss peut être vital

Article de  Barbara Krief - Le Plus

Dans une vidéo diffusée en direct via Périscope, Serge Aurier a traité Laurent Blanc de "fiotte". Le défenseur du PSG n'est sûrement pas le seul salarié français à insulter son boss. Alors, peut-on traiter son supérieur hiérarchique de tous les noms pour exorciser le trop plein de tensions ? Explications de Claude de Scorraille, co-fondatrice de Lact, psychothérapeute et psychologue du travail.

Insulter son boss n’est pas anodin. Pour en arriver là, il faut que la frustration ressentie par l’employé soit devenue insupportable et insurmontable. L’insulte transgressive est un moyen, parfois le seul, pour sortir d’une impasse. 

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Une réponse saine 

Bien qu’il soit difficile de plaindre Serge Aurier, il nous est possible de comprendre que ce joueur, érigé en champion national à seulement 23 ans, puisse souffrir du trop-plein de pression qui lui est imposé par sa situation, par son entraîneur, qui lui-même est soumis à celle de sa hiérarchie, eux-mêmes inféodés à celles du public et des médias.

La pression part d’en haut et coule ensuite jusqu’à inonder le bas de la pyramide qui, à bout, craque. Elle se densifie, quand, de surcroît, l’enjeu de la relation hiérarchique est perçu comme une injonction de soumission à une situation jugée injuste.

Aujourd’hui, le comportement cynique d’un salarié est fréquemment observé dans les situations de burn-out, comme s’il présentait un ultime moyen, certes discutable, de rendre possible une métamorphose, celle du phénix qui renaît de ses cendres.

C’est pourquoi, insulter son boss peut finalement être considéré comme une bonne chose, comme une réponse saine à une situation devenue insupportable. C’est la manifestation d’un mal-être trop longtemps contenu qui ouvre la voie à la guérison.

Un dernier recours 

L’insulte ainsi mise en perspective peut être envisagée comme un dernier recours, un moyen de décompresser, de ne pas imploser. Mais il aurait été plus sain pour Serge Aurier de discuter des tensions montantes avant que celles-ci deviennent totalement infernales pour lui. Pouvait-il le faire ?

Au sein d’une relation hiérarchique, il est inéluctable que des tensions apparaissent et parfois difficile de gérer le rapport de force propre à la nature de ce lien.

Je conseille donc aux salariés, surtout à ceux qui ont un tempérament colérique d’éviter de se transformer en cocotte minute sans soupape et pour cela de faire part de leur point de vue le plus tôt possible plutôt que de faire comme si les tensions ne les touchaient pas. Et, ainsi, d’accumuler encore plus de colère explosive.

Il est toujours mieux de choisir d’élever la voix sur le coup ou d’accepter la confrontation que de s’entendre proférer une insulte à l’insu de sa volonté.

Ne jugeons pas trop sévèrement 

Le fait d’en arriver à insulter son boss, dans son dos, devant d’autres ou en face-à-face, témoigne également d’un rapport particulier entre salarié et employeur.

Souvent, l’insulte est un moyen transgressif de se repositionner et de s’affirmer dans une relation. La transgression est fréquente chez les enfants, les adolescents ou les employés qui se perçoivent traités comme tel.

Ce qui est intéressant, c’est de constater que c’est exactement dans ce cas de figure que se trouve Serge Aurier, qui est traité non pas comme un jeune adulte de 23 ans, mais comme un enfant. La preuve ? L’information relayée par les médias selon laquelle le "chaperon" du joueur était en congés le jour du dérapage. Ne serait-il pas coincé dans un système où d’un coté on le traite comme un enfant irresponsable et d’un autre coté on s’offusque qu’il ne fasse pas la preuve d’un comportement responsable ?

Nous ne devons donc pas juger trop sévèrement ceux qui en arrivent à insulter leur supérieur. Ils ne font souvent que réagir à une situation qui les submerge avec le seul outil qui leur reste. Avoir en vue, le contexte où s’est exprimée l’insulte est à prendre en considération.

Après l'insulte 

Du côté du boss, de l’entraîneur, il est évident que la pilule est dure à avaler. Les propos peuvent blesser et il est difficile de ne pas les prendre personnellement. D’autant plus lorsqu’ils ont été proférés en public. Au-delà du contenu, c’est l’autorité qui est contestée.

Les sanctions sont donc prévisibles et justifiées. Reste encore à savoir comment passer outre cet épisode. Il n’est pas impossible de parvenir à travailler de nouveau et dans de bonnes conditions avec son boss.

Dans ce cas, parvenir à s’engager autrement dans la relation devient l’enjeu. Et ça, ce n’est pas facile car cela suppose de parier sur une confiance réciproque sans laquelle repartirsur de nouvelles bases sera impossible.

Ce genre de crise est salutaire si elle donne lieu à une évolution de la relation profitable à chacun des protagonistes. Le salarié, car il aura l’impression d’être considéré à sa juste place, le hiérarchique, car il se sentira respecté dans sa position. Ce qui n’est pas toujours évident lorsque l’on est en présence d’ego gonflés par le talent et la notoriété.

Mots-clés: Conflit, presse

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